LA PANACÉE DE NICO-BADINGUET

Publié le par ZEITNOT

 

Tous les Français attendaient cette coupe d'Europe, ainsi s'est exprimé le Président… Une fois cette hasardeuse universelle affirmative assenée, du velours noir dans la voix, sobre dans ses gestes, solennel dans ses propos, l'inépuisable marathonien, le magnifique cycliste, le prestigieux écuyer nous a délivré une grandiose vision : le sport est une réponse à la crise ! Nous serions mesquins de lui faire observer que cette assertion devrait nous permettre d'échapper aux désagréments de certaines mesures d'austérité, mais après tout, la fameuse réponse n'est peut-être qu'une sorte soupir, de hoquet, de bégaiement. Madame Lagarde, jamais en retard d'une sottise déclare que la compétition générera quinze mille emplois, plaisante coïncidence c'est le nombre de ceux qui ont été perdus le mois dernier…

Revenons à la coupe, que va-t-elle nous apporter ? On va construire ou rénover des stades, les écoles, les lycées, les crèches, les hôpitaux, tous ces bâtiments moins nobles attendront. Des touristes vont affluer, tant mieux, nous pourrons ainsi mesurer à quel point la baisse de la TVA sur la restauration a rogné, sans contrepartie, les ressources de l'état… Les entreprises et les sponsors offriront à leurs clients, à leurs grands fournisseurs et leurs lobbyistes des places et des raouts, à toute une faune déjà repue cela donnera l'occasion de bambocher allègrement. Assurément, Nico-Badinguet voit, même si c'est un oxymoron physique, les choses de plus haut. Il pense, nul ne peut en douter, aux vertus que le sport, et plus particulièrement le football est censé porter. Il est vrai qu'un match et tout ce qui l'entoure constitue une édifiante leçon…

De courage et de féerie : sur la pelouse on voit des gaillards se tordre de douleur puis, fort miraculeusement, filer comme des lièvres…

D'adresse : outre les passes et les tirs, on est habile à tirailler les maillots, à bousculer, à truquer, à flirter avec les règles, à jouer viril comme disent les brillants commentateurs dont le verbe est une ode à notre langue et un véritable sommet de psychologie, que dis-je, de philosophie.

De chaleureuses civilités : avant et après les rencontres, des supporteurs aussi bariolés qu'avinés se castagnent fraternellement. Au cours des matchs la foule sait montrer son enthousiasme en s'exprimant joliment à l'endroit des « ennemis » ou des amis s'ils déçoivent, c'est souvent frais et poétique…

De réalisme : peu importe la manière, c'est le résultat qui compte.

Élargissons au sport… De plus en plus inféodé à l'argent, le spectacle qu'il propose est de plus en plus cher. Un exemple : jadis on entrait à Roland Garros pour toute la journée et, jusqu'en huitième de finale, on accédait à tous les courts pour un prix équivalent à celui de deux places de cinéma. D'une manière assez générale, on ne va plus assister à un beau match mais soutenir, impudemment parfois, ses compatriotes ou son favori. De plus en plus, les sportifs montrent dents et poings… C'est signe de motivation nous dit-on, et puis il faut être méchant pour gagner, vouloir faire mal… Dans bien des disciplines, même les amateurs obscurs se « soignent » afin de grappiller quelques places. Que dire des clubs, des centres de formation et des parents qui sont prêts à tout pour faire pousser les graines de champions, même s'il y a de gros dégâts dans les chairs et les cervelles ?

Alors, le sport est une réponse à la crise ? Ce n'est peut-être pas une formule si gratuite. Disposant de moins en moins de possibilités de se réaliser le Président espère que les foules se projetteront dans la réussite tonitruante des autres, un aparté pour Juvénal : le pain sera compté mais pas les jeux. Enfin, pour ces chimères, les gens paieront, les populations très démunies fabriqueront les produits dérivés, firmes et actionnaires empocheront. Petite gâterie, les paris en ligne enrichiront les amis du Président. Une réponse ? Un leurre plutôt.

La gloire des champions, leur fortune, leurs débordements, leurs excès et leurs paillettes, le nouvel opium du peuple ?

 

 

VIVALDI

Concerto pour piccolo

http://www.youtube.com/watch?v=AOs9QQC8a90

 

Je précise pour Nico-Badinguet que le piccolo et le pipeau sont des instruments différents.

 

Et puis…

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Publié dans DERISION

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D.KELLER 05/06/2010 18:09


Le gouvernement vient d'annoncer qu'il va supprimer des postes et des classes.Avez-vous des antennes ?Le gouvernement vient d'annoncer qu'il va supprimer des enseignants et des classes. Luc Chatel
veut plus de sport à l'école et cite l'exemple allemand en oubliant de dire qu'ils font marche arrière.


Papy Jean 04/06/2010 10:14


Une partie du sport est gangrénée par l'argent. Beaucoup des valeurs qui devaient être véhiculées par ces disciplines sont tuées par la volonté de vaincre sans scrupule en employant des moyens
déloyaux. Je n'ai aucune envie de voir mes petits-fils pratiquer la triche, le dopage, le taccle... Ce qui reste authentique est loin du fric ou réfugié dans l'amateurisme. Lorsqu'il faut des cars
de CRS pour empêcher des supporters (parfois du même club) de se taper dessus où est le message véhiculé par "le" Sport ?


tanya 03/06/2010 22:29


C'est vrai que le sport est complètement soumis à l'argent, et cette coupe d'Europe ne fera qu'enrichir ceux qui profitent déjà du système, en même temps on annoce des restrictions dans
l'enseignement. C'est indigne.


geotherme 03/06/2010 22:20


Le declin de l'Empire Romain est bien oublié.La aussi l'aristocratie Romaine avait gavée le peuple avec du pain et des jeux pour garder le pouvoir!!!!


anto 03/06/2010 14:19


Comme lui et ses funestes idées seront balayés en 2012 je ne crois pas que ceux qui arriveront au pouvoir poursuivront cette folie de construire des stades quand tout le reste se détériore de jours
en jours .Il faudra bien tenir compte de la réalité de la situation financière et de l'état de tous les services notamment hospitaliers et d'enseignement .