LES MOTS, LES NOTES ET AUTRES…

 

Un commentaire de Fomahault m'a donné envie de créer cette page, j'y reprends deux textes publiés sur Orange en y ajoutant quelques lignes...

LES MOTS, LES NOTES ET AUTRES…

 

 

Les mots.

Enfant, j'ai eu la chance d'être en partie élevé par ma marraine; c'était une femme dont l'intelligence et la culture étaient aussi lumineuses que sa bonté.

Alors je me souviens... Je me souviens de ces journées d'hiver. Un lampadaire éclairait le tapis où nous étions allongés, les enfants aiment bien vivre par terre. Sous une lueur un peu jaune, nous partions vers des palais étincelants de trésors... Les volumes du grand Larousse encyclopédique, mais il y avait d'autres féeriques demeures où je m'aventurais, guidé par une main précise et généreuse, les tomes du Littré. En ces journées, j'ai vécu des moments qui font une vie. La santé chancelante je manquais souvent l'école, mais à la maison je côtoyais Pierre du Terrail seigneur de Bayard, Le Robinson Suisse, Colbert, Livingstone, Zola, Bach, Corot... L'espace est ici compté. Je vécus des aventures haletantes car les livres refermés ma marraine continuait, par sa voix chantante, à souffler longtemps dans les voiles du navire de mon imagination.

Un jour, je lui ai confié que l'histoire du père Noël me semblait assez impossible. Tant de hottes à vider près de tant de cheminées. Elle me concéda que j'avais en partie raison, mais que le Père Noël était un symbole et que dans le monde souvent brutal c'était l'occasion pour tous les hommes de se monter doux, au moins une nuit. C'était à son avis une raison suffisante pour y croire... Elle avait même ajouté que si un jour cette fête n'existait plus, c'est que nous serions devenus barbares.

 

LES NOTES

Chez ma mère il y avait un vieux piano droit Gaveau, très tôt je fus attiré par l'objet. Pas pour y taper avec le plat de la main mais, pour avec l'index droit et l'index gauche y chercher des sonorités qui me plaisaient. On m'envoya chez une dame, deux étages au dessus, qui recevait des élèves. Aimant ça je fis de rapides progrès. Plus tard, j'eus d'autres professeurs vers lesquels cette femme généreuse m'orienta; tous les ans jusqu'à sa mort, j'avais alors trente ans, je revins jouer dans les deux auditions qu'elle organisait pour sa petite classe. Pour l'occasion elle louait l'intime salle Debussy-Pleyel. Je pensais que cela pouvait aider les jeunes et leurs parents à persévérer, et, j'ose le mot, cela faisait un peu de publicité. En dehors de cet aspect, même si la main de Mademoiselle P n'était plus très sûre, j'éprouvais une grande joie à travailler devant elle la pièce choisie pour le "concert"; ses conseils, ses observations m'étaient précieux, et puis ces moments étaient chaleureux. Durant les dernières visites que je lui rendais, elle était hospitalisée, nous faisions semblant de décider du futur programme. Elle voulait la suite anglaise en ré mineur de Bach en me disant : celle qui commence par cette belle histoire...

Ces deux femmes m’ont fait découvrir tant de choses…Indéfectiblement fidèle à leur exemple, c’est pour cela que j’installe des liens vers des musiques, c’est pour cela que je ne renonce pas à citer des mathématiciens ou des physiciens, c’est pour cela que je cherche à employer le mot juste même si son usage est rare, ce sont de petits fils invitant à l’élargissement des connaissances. Pour ma part, une journée au cours de laquelle j’apprends quelque chose est belle, même si la découverte me permet d’entrevoir l’étendue de mon ignorance.