UNE BELLE CANDIDATURE
Monsieur le Directeur,
C’est avec un vif plaisir que je vous offre l’opportunité de me confier la fonction de Directeur du Personnel et des Relations Humaines au sein de votre groupe.
Affranchi des usages engoncés et mesquins, je vais d’abord exposer quelques traits saillants de ma fascinante personnalité. Je gage qu’après cette édifiante lecture vous serez, comme moi, persuadé que l’adjonction d’un curriculum vitae aurait été superfétatoire.
Dès l’enfance, j’ai montré de belles dispositions, au fil des années ces dons, ces capacités extraordinaires ont fleuri, faisant de moi l’être indispensable et merveilleux que je suis.
A la maternelle, j’étais un lion superbe soit, mais pas vraiment généreux...
Pinçant, mordant, tirant les cheveux, je parvenais toujours à boulotter davantage que les faibles, je réussissais aussi à leur empoisonner l’existence en détruisant leurs modelages, en démantibulant leurs jouets, en déféquant dans leurs chaussures. Ah ! Leurs pleurs, leurs vagissements m’étaient miel. Et quel bonheur, lorsque sous le regard attendri de l’institutrice, je feignais de les consoler tout en les piquant avec un crayon finement taillé. Ce n’était que prélude…
La grande école m’ouvrit des horizons. Outre les larcins, la tricherie, des attaques plus sérieuses : expert en croche-pied, je réussis à provoquer en un trimestre quatre fractures, sept entorses, une vingtaine de plaies et d’énormes bosses. Je découvris aussi les plaisirs du cafardage, quelle enivrante révélation.
Mais c’est au lycée que mon talent prit sa véritable dimension… Les machinations consistant à dresser les uns contre les autres, un délice. Abus de confiance, trahisons, induire mes condisciples en erreur pour qu’ils enfilent comme perles les zéros, qu’ils accumulent les colles et les jours de renvoi, félicité. Un triomphe de ma duplicité le jour où je reçus le prix de bonne camaraderie ! Sans compter les dommages collatéraux comme on dit aujourd’hui : désespoirs dans les familles, scènes de ménage, et sûrement quelques séparations.
L’armée ! Grâce à quelques appuis, j’ai fait mon service dans les bureaux du ministère, je m’occupais de la gestion des permissions… Chantages et extorsions me permirent d’acheter un cabriolet anglais, de fréquenter les restaurants chics et de collectionner les fredaines. Les femmes jouèrent un rôle important tout au long de ma vie, je sus les séduire autant que les tromper, mais surtout m’en servir.
Les modestes furent escaliers, les bourgeoises ascenseurs et les fortunées… Boosters.
Ma bonne mine, mon élégance, ma faconde et mon entregent enrichirent le cercle de mes fréquentations, un tant soit peu cynique, je parlerais de terrain de chasse. Souvent consulté par mes relations qui se croyaient mes amis, les benêts, je sus les égarer, les affaiblir, les calomnier et les ruiner. Je ne compte plus les dépressions, les divorces et les faillites que j’ai provoqués. Extase !
Mais tout cela n’est que broutilles… Au cours des deux dernières années, je peux affirmer sans forfanterie avoir été l’artisan de quatorze suicides et d’une trentaine de tentatives, illumination orgasmique.
J’ai la certitude que ces éléments vous convaincront de me recruter, ce qui joindra l’utile pour vous à l’agréable pour moi.
Au cours de l’entretien que vous allez m’accorder, je vous indiquerai les émoluments, avantages et privilèges auxquels, modestement, je prétends.
Recevez, Monsieur le Directeur, mes meilleures salutations.
Gontrand Philibert Auguste Zeitnot
J'ai envoyé cette lettre à quelques entreprises, et même à France Telecom...
A partir de cent mille euros par an, j'examine toutes les propositions.
LISA DELLA CASA
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Je n’ai jamais entendu plus beau…
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