SURVEILLANCES

Publié le par ZEITNOT

« Préface »

Quatre heures dans le train aujourd’hui, j’ai donc reconstitué dans ma pauvre tête ce récit. Car c’est un récit. Autant par cruauté mentale que par sordide intérêt, je tente de fidéliser quelques masochistes, je le traite en épisodes. Na !

Merci pour l’humour de vos commentaires. Xavier m’a donné bien du mal.

 

 

Un tas de chiffons… Des gris, des ocres, des verdâtres élimés et des jaunes fatigués, des laineux au crochet dont les mailles bâillaient sur des satinés maculés émergeants de caoutchouteux blessés. Sept ou huit couches loqueteuses racontant de la crasse et de la misère.  Plantée dans ses croquenots énormes dont les lacets carmin se perdaient en nœuds définitifs et en boucles inutiles, elle s’appuyait contre un réverbère ; en guise de bagage, pendu à deux fortes cordelettes boudinant son buste, un sac de jute difforme. Du fond de son capuchon, elle guignait les clients qui se bousculaient aux portes des Galeries Lafayette. L’approche de Noël énervait les démarches, ahurissait les regards, mêlait pourpre et sueur sur les visages. Boulevard Haussmann on se heurtait, on s’ouvrait un chemin à coups d’épaules, de coudes et de poches bondées. On rabrouait les enfants qui voulaient encore de la vitrine, on s’agglutinait devant les stands où les démonstratrices volubiles et mécaniques vantaient brosses magiques, produits miraculeux, ustensiles clinquants et biscornus, mais tellement indispensables le temps du baratin. Eclosion de parapluies, alors les jambes lourdes et l’estomac criard on s’égaillait vers la Chaussée d’Antin ou l’Opéra en quête d’une place dans un café. Les vitres des bus se couvraient de buée, et ça faisait des kaléidoscopes géants dans l’embouteillage. Les habitacles s’enfumaient, dans le braillement des radios on s’y bouffait les ongles, on s’y fouillait le nez, on s’y refaisait une beauté. Indifférente sous la douche de plus en plus serrée, elle se morfondait tandis que son accoutrement se gavait.

 

La pluie brouillait ses jumelles, il passait plus de temps à les essuyer qu’à observer, ça le mettait en rogne mais bien moins que l’autre qui tardait. Pourtant, la régularité des relèves était indispensable, on avait décidé toutes les quarante minutes, et en plus il avait les pieds trempés. Et ce gamin loucheur qui le désignait du doigt, heureusement que sa mère le tirait énergiquement ver la station de bus… Et cette grande brune échappée d’un magazine à dix mètres derrière lui… Un quart d’heure qu’elle piaffait près de la bouche du métro, avec toute cette flotte pourquoi restait-elle dehors ?  Et elle ne consultait pas sa montre, en général quand on poireaute par un temps pareil ! Et cette berline aux vitres fumées tous feux clignotants devant chez Lancel, le moteur semblait arrêté. Gonflé pensa-t-il… Corps diplomatique… Ben voyons !

 

Malgré la distance, le brouhaha, l’inutilité des jumelles, la cohue et l’agitation il se sentait proche d’elle, c’était finalement la plus humaine du coin, avec sa pauvre vie échouée là. Quel visage au fond de la capuche ?  Emacié, boursouflé, raviné ? Quel corps sous les guenilles ? Rond et lourd de mauvaise graisse, les chairs flasques comme un vêtement trop ample, ou une sorte de momie toute osseuse et rabougrie ?

Le vibreur de son téléphone lui titilla la cuisse.

 

A suivre éventuellement.

 

CHOPIN par le grand BRAILOWSKI

Ballade en sol mineur, opus 23

http://www.youtube.com/watch?v=sJbmQmz4D1w

Barcarolle en fa # mineur, opus 60

http://www.youtube.com/watch?v=irxMAghew94

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Publié dans NOUVELLES

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T
Deux personnages au milieu de la marée humaine...
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M
je vois que le plaisir de la description détaillée, riche, dense, précise va être accompagnée de vos formidables musiques merci
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E
peut-être que l'Undisque est dans la ballade de la vie
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L
Non, non, je ne recommence pas, promis... Mais là, on se sent un peu obligé d'attendre une suite...
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R
Quand je pense que je ne regarde jamais les séries ou feuilletons à la télé pour ne pas me faire avoir... car j'aime bien aller jusqu'au bout si je commence quelque chose...<br /> Et me voilà à me demander ce qu'on va lui dire au téléphone, et le lien qui va s'établir entre la femme à la capuche et lui...<br /> Bonne nuit et à demain, mais ne t'avise pas de nous faire faux bond...
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