UN MONDE PARFAIT – 9

Publié le par ZEITNOT

 

début en  UN MONDE PARFAIT - 1

 

La cité, identique aux six autres… Un cylindre fait de béton, de métaux, de polymères et de verres, trois cent quatorze milliards de mètres cube pour moitié enterrés. Dehors, violemment aidé par les bourrasques, le soleil pourchassait la nuit. après les avoir lavés, nourris, les cabines d’absence libéraient leurs occupants qui, somnambuliques, rejoignaient leurs postes de travail. Partout un silence à peine ridé par les ascenseurs, les escalators, les chaussées de transfert, les appareillages et les machines. Partout pesait un ordre gris, une tranquillité atone. Robots et androïdes assumaient leurs missions quotidiennes.  Leurs activités réglées par les tops individuels ou collectifs, prem’s et utiles ne connaissaient du temps que la mise bout à bout de son écoulement affiché par les progressbar, leurs rythmes et leurs tempi biologiques entièrement gérés, ils ne mesuraient pas les intervalles et n’avaient aucune perception de l’heure et des dates. Le socle avait institué l’intemporalité.

 

À la même heure que la veille, les gradins inférieurs de l’amphithéâtre commencèrent  à s’emplir sous la férule des robots, pendant qu’en haut, les prem’s guidés et choyés par les androïdes prenaient place. D’une loge à l’autre, on échangeait des signes, on commentait les derniers potins circulant sur le forum, on s’enchantait des réceptions nocturnes, on pérorait à tout va, on espérait que la suite de l’exposé serait plus édifiante, que l’oncle renoncerait à son épitomé, qu’il apporterait une réponse nette, et surtout, qu’il proposerait une solution. Ces stagnants, existaient-ils oui non, constituaient-ils un danger pour la fédération le socle était-il menacé ?  

 

Bien que gavés de normalisants, le Superviseur de régie et ses assistants suintaient déjà et se croyaient victimes de berlues. Les moteurs d’inférence divaguaient, ce n’étaient plus des courbes et des histogrammes qu’ils affichaient, ce n’étaient plus des synthèses et des projections qu’ils proposaient…  

Non ! Ils saturaient les écrans avec une icône tridimensionnelle, un étrange objet ayant l’apparence deux cônes opposés, un objet non référencé, jamais vu nulle part, un objet qui grossissait, rapetissait, changeait de couleur, prenait des moirures, balayait les diagonales, escaladait les verticales, filait sur les horizontales, effectuait des pirouettes, disparaissait, réapparaissait, et… Deux. et puis trois. et puis une ribambelle chamarrée s’adonnant à des acrobaties loufoques, envahissant la totalité des consoles tandis que toutes les enceintes émettaient d’invraisemblables sonorités prenant au ventre, générant des sensations inconnues, épaississant le sang et obscurcissant les consciences. Dans la salle du haut conseil de la gestion, on était ahuri devant le spectacle holographique de cette folie. Heureusement, en provenance des autres cités les informations avaient de quoi rassurer, on n’y constatait pas le moindre trouble, aucune anomalie. Néanmoins, les membres proclamèrent l’état d’urgence et déclenchèrent des mesures de sécurité les plus extrêmes. Cela commença par l’évacuation de l’amphithéâtre, la consignation à leurs postes de tous les utiles, le quintuplement des protections allouées aux prem’s. De bouillante, la discussion atteignit une température magmatique lorsque l’on discuta le report de la réactivation de trois oncles. Les uns soutinrent que c’était une idée timorée qui affaiblirait la fédération, la priverait de ses capacités d’analyse et de riposte, les autres l’emportèrent en faisant valoir que l’on avait bien assez d’ennuis avec le disparu, car, telle une enclume tombant sur un service de Limoges, la nouvelle était confirmée... L’oncle restait introuvable, aucun dispositif ne l’avait localisé. Il fallait donc se rendre à l’évidence : même si cela procédait de l’inconcevable, l’oncle avait quitté la cité. Pour quelles raisons ? Quand ? Ces interrogations étaient encore supportables…Mais comment ? La réponse créerait un séisme susceptible d’ébranler le socle, voire de le briser. À l’unanimité on décréta la mort de l’oncle.

En quelques minutes sept cents drones jaillirent de la cité, neuf mille automates lance-flammes disséminés dans la première couronne bondirent hors de leurs trous.

 

Ils arrivèrent dans une vaste clairière et s’accordèrent quelques secondes pour goûter l’air et se désaltérer. Le soleil jouait avec la rosée, quelques fils arachnéens oscillaient entre des roseaux bordant une mare dont le jade scintillait, la chorale des ramées s’affirmait sous le vent d’ouest. Un instant il imagina la jeune femme revêtue d’une robe de vichy mauve et blanc, valsant parmi les herbes, balançant au bout de son bras gracile un panier rempli de fleurs, et riant, et riant... Et le vacarme des drones taillada l’air.

 

À suivre, éventuellement.  

 

CHOPIN

Le torrentiel défi lancé à la main gauche par la douzième étude de l’opus 10, dite révolutionnaire….

 

S.RICHTER http://www.youtube.com/watch?v=8hOKcdZJJFU

V. LISITSA http://www.youtube.com/watch?v=Gi5VTBdKbFM

A.RUBINSTEIN http://www.youtube.com/watch?v=cU5T3OFfRJk

M.KOMAYA http://www.youtube.com/watch?v=3zikmAirQqQ

S.BUNIN http://www.youtube.com/watch?v=Mk1JQk90UbY

 

 

 

Sans oublier…

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http://dons.fondationdefrance.org/netful-presentation-association/site/fdf/default/fr/donations/index.html

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Renard 02/04/2010 19:47


Non seulement le récit est palpitant, mais je me régale de tes trouvailles littéraires... merci pour ce cadeau que tu nous fais.


tigrognon 31/03/2010 20:43


je vais immédiatement déposer une plainte pour torture mentale ! tu n'as PAS LE DROIT de nous laisser tomber à cet endroit !