UN MONDE PARFAIT – 7

Publié le par ZEITNOT

début en  UN MONDE PARFAIT - 1

 

Pendant ce temps-là, dans les cabines d’absence, on dormait. Un sommeil vide, un sommeil ne laissant aucune trace dans l’êtrance, moins qu’une virgule dans un archaïque volume de mille pages. À chaque réveil, les utiles reprenaient leur travail. Et la toilette, et l’habillement ou la collation leur semblaient en faire partie. Très cloisonnée selon ses domaines de compétence, occupée tout le temps de son service, cette classe avait l’apparence de petites billes rangées dans des boîtes circulaires. Occupation optimale de l’aire, rien ne dépassait, tout était casé. Sauf inimaginable intervention externe, aucun mélange. Rendus insensibles aux autres autant qu’à eux-mêmes par l’éducation, les injonctions subliminales et les normalisants, ces êtres vivaient dans une sèche déréliction statutaire. Le socle avait scellé leur destin : l’utilité absolue, sans partage, sans répit. Oubliées les sombres années de la confusion, les tumultueuse périodes où les firmes et les gouvernants avaient dû négocier avec une populace réclamant une aberrante équité.

 

Jusqu’à tard dans la nuit, les prem’s vaquèrent à leurs habituelles occupations…

Une partie de l’après- midi, sur le forum, excités par les évènements, ils daubèrent abondamment, entassèrent des âneries, ciselèrent des billevesées, revinrent sans cesse à leurs turlutaines favorites, parler d’eux, de leur chair…  Une ride suscitant d’interminables considérations, l’évocation d’un bobo tournant à la tragédie, la révélation d’un infime désagrément prenant des proportions cataclysmiques. Au cours de ces parlotes, commentaires, conseils, indignations et exigences abondaient, et on touillait, et on en rajoutait, et pour une broutille on s’échauffait, et pour une vétille de l’éther imbibait les neurones.  Ce fut un gigantesque radotage.

 

À partir de dix-huit heures, selon le tableau de préséances remis à jour tous les trimestres, la préparation des raouts intra et inters cités polarisa toutes les énergies. Aidés par des utiles et des androïdes, une fois le thème choisi, les prem’s se fournirent dans les banques. Mobilier, atours et habits, bijoux, orfèvrerie, mets, vins, effluves, sensations, conversations, animaux et domesticités baroques. Lorsqu’il ne manqua plus un bouton de guêtre à ce pillage de virtualités dispendieuses, on expédia les invitations. Les plus nantis sacrifièrent de gros paquets d’actions sidérales pour, en fin de soirée, assister à la suppression de quelques utiles. Le nec plus ultra, car là, ce serait du vrai.   

Durant les agapes, ceux qui ne participaient pas évaluaient et potinaient sur le forum, ainsi, le lendemain matin, les échotiers et les sondages instantanés permettaient de classer et glorifier les organisateurs des plus fastueuses réjouissances.  Carpe diem !

 

En progressant vers le signal, l’oncle qui songeait à tout cela pensa que voir dès potron-minet, plutôt flapi, un prem’s vautré au centre de sa rotonde encombrée de tout le matériel d’assistance médicale, un prem’s bavant de fatuité, un prem’s dorloté par ce que cette élite nommait avec mépris sa valetaille… Regarder la valetaille donc, prodiguer au grabataire force soins, entretenir l’éternité de son êtrance, souffrir ce spectacle obscène devrait donner au spectateur une idée de ce que, fondée sur le socle, la fédération avait produit.

 

Chez les insectes sociaux, hyménoptères ou isoptères, dévouement et soumission aux reines perpétuent l’espèce… Dans les sept citées, toutes les ressources de la fédération sont consacrées à l’immortalité de trente millions de parasites soliloquait l’oncle en peinant un peu dans la terre spongieuse bordant un ruisselet. Quelques galets lui permirent de franchir le gué. De l’autre côté, l’inclinaison de l’herbage esquissait une piste jusqu’à l’orée du breuil. Idéalisée par la clarté lunaire, une silhouette élancée, revêtue d’une combinaison parme en sortit. Sa démarche était souple, caressée par un souffle d’air sa longue chevelure de jais dansait autour de son visage. De la gravité sertie de grâce, comme dans les notes d’un andante mozartien.

 

À suivre, éventuellement…

 

Encore quelques comparaisons…

 

CHOPIN

 

Prélude n°15 en ré bémol majeur. Composé à Palma, on la surnommé la goutte d’eau.

V.HOROWITZ http://www.youtube.com/watch?v=825Ekk1u3mQ

M.ARGERICH http://www.youtube.com/watch?v=3RJj5hWw7o0

M. POLLINI http://www.youtube.com/watch?v=BczgDb9-ctQ

V.IGOSHINA http://www.youtube.com/watch?v=6gV9gUeFHIw

 

Prélude N° 8 en fa dièse mineur

I. POGORELICH http://www.youtube.com/watch?v=c-ZNjQlP30E

C. ARRAU http://www.youtube.com/watch?v=5EftG98JVFs

A.CORTOT http://www.youtube.com/watch?v=NyZQzuDsnt8

M. POLLINI tout jeune… http://www.youtube.com/watch?v=6nMh2CGx-jw

Et toujours…
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http://dons.fondationdefrance.org/netful-presentation-association/site/fdf/default/fr/donations/index.html

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anto 29/03/2010 14:16


Pour que notre descendance ne connaisse pas cela il vaudrait mieux arrêter les réformes !


Renard 28/03/2010 22:20


Quelle horreur cette fédération... si c'est ça la vie rêvée de certains, je déclinerai l'invitation..
Je regrette de n'être pas en retard sur plus d'articles, il va me falloir patienter..


BMB 28/03/2010 19:39


Décidément même dans un monde parfait il faut que tu sois subversif ! ce n'est pas bien !