UN MONDE PARFAIT – 11

Publié le par ZEITNOT

 

début en  UN MONDE PARFAIT - 1

 

Durant quelques jours, ce fut une cohue effervescente sur le forum. Bons sens et intelligence furent allègrement déchiquetés, on obtint des rétrogradations et des suppressions, et tout reprit comme devant. Tout ?

 

Pas vraiment… Dans le service des androïdes on constata des synchronisations incorrectes, des gestes imprécis, des erreurs et même des omissions provocant des encombrements à la maintenance. On sombra dans la perplexité lorsqu’un prem’s fut baigné tout habillé puis réinstallé, nu et trempé sur son mobisiège, avant d’être promené dans la galerie panoramique alors qu’il avait toujours souffert d’un affreux vertige et que, bien entendu, son processeur le signalait à tous ceux qui s’occupaient de lui. D’autres ignominies du même genre se produisirent. Beaucoup! Un autre malheureux se vit servir de la manne rouge alors qu’il détestait cette nourriture, impavide l’androïde lui en barbouilla le visage en lui faisant un pied de nez.

 

Croulant sous les doléances et les indignations, le fonctionnement du forum lui aussi eut des ratés… Et des retards, et des cafouillages, et des messages incompréhensibles du genre chi va piano va sano, c’est moins grave que si c’était pire, garbage in garbage out, sapiens nihil affirmat quod non probet, la plus belle fille du monde ne peut donner que ce qu’elle a…  

Comme inspirés par les androïdes, les utiles s’y mirent aussi. Cela commença par des  indolences, des désinvoltures, des réticences, des mines chafouines, des laisser-aller dans les laboratoires et les ateliers, des malpropretés vestimentaires et corporelles, des négligences de plus en plus graves, mais surtout, des narquoiseries, des rebuffades et des effronteries. Tant bien que mal, le Conseil essaya de camoufler ces dérèglements, mais leur nombre et leur diversité submergeaient la censure. Tour à tour emberlificotés, prometteurs, optimistes, pompeux, lénifiants ou bravaches, les Superviseurs perdaient les rênes, la cité allait à hue et à dia. Une mélasse faite de peur et d’incrédulité poissait les esprits. N’y comprenant que couic, l’élite pataugeait. S’ils avaient eu conscience des jours, les prem’s et leurs affidés auraient su que la foudre était tombée un jeudi.

 

Subitement, les cours de la b.a.s furent atteints par la danse de Saint-Guy. Il y eut d’abord ce que les spécialistes nomment joliment des prises d’intérêts. Le jeu habituel… La petite satisfaction de ceux qui ayant tout, veulent aussi le reste... La savoureuse gâterie de ceux dont la cupidité vampirique est devenu le passe-temps, l’oxygène et le sang.

Ne rien laisser traîner, blanchir les os, récurer les tiroirs, rafler les miettes, amonceler l’infime non parce qu’il est utile, mais tout bonnement pour qu’il n’appartienne pas à autrui… Après ces frémissements prodromiques, le vent se leva. En plus des objets sidéraux identifiés, on avait mis sur le marché des produits faramineux, les universalos. Ces merveilles permettaient de jouer sur la découverte de nouveaux quasars, de nouveaux trous noirs, de nouvelles galaxies. Dès qu’ aux confins de l’univers cosmologique, dans une zone de prospection préalablement choisie par les spéculateurs, la probabilité d’une découverte était annoncée, l’espace était coté, vendu, revendu, et autant de fois qu’on voulait sans souci de le réaliser. La thésaurisation virtuelle était reine et on la payait en objets sidéraux bien réels.

 

Causes naines, gigantesques effets ! L’accumulation des anicroches, des fonctionnements aléatoires, et des pannes répandit une défiance diffuse et morbide. Défiance qui se manifesta par une interrogation aussi simple que tragique, mortifère pour tout dire… Si de triviaux androïdes, de prosaïques robots, de méprisables utiles n’étaient plus fiables, n’étaient plus parfaitement gérés par la multitude des logiciels tournant sur les fameux cyber, quelle confiance pouvait-on accorder aux programmes pilotant les radiotélescopes disséminés dans le système solaire et fouillant l’univers. Que deviendrait le tout réel, investi dans l’introuvable ?

 

Enfin… assurément et fort opportunément, la fédération avait mis en œuvre la suppression progressive des utiles, et, à terme, celle des oncles puisque les cités n’étaient pas bien éloignées de la perfection. Cela n’empêcha pas les plus poltrons de se demander si tout ce qui les entourait n’allait pas se transformer en un piège immense. S’ils n’allaient pas périr, trahis parce qu’ils avaient voulu.

 

Pendant ces cauchemars, le cyber-zzz démarrait la troisième phase.

 

 

À suivre, éventuellement.

 

  

CHOPIN

Étude N°1 en ut majeur OPUS 10

V.ASKHENAZY http://www.youtube.com/watch?v=WpZr_cbYbXo

M.POLLINI   http://www.youtube.com/watch?v=WwHgeDPhkts

M.ARGERICH http://www.youtube.com/watch?v=53kUnwM93wo

S.RICHTER http://www.youtube.com/watch?v=fSKTG3ptpyU

 

Sans oublier…

 

images-7--copie-1.jpg 

HAITI   http://dons.fondationdefrance.org/netful-presentation-association/site/fdf/default/fr/donations/index.html

Publié dans NOUVELLES

Commenter cet article

anto 03/04/2010 14:10


Si j'ai bien compris en tant que blogueurs nous faisons partie des INUTILES qui ne vont pas tarder a être exterminés . A plus bonnes fêtes


fomahault 02/04/2010 20:26


ah !!! en clair c'est le bronx ! ça rend espoir !
(tiens, le comportement de certains spéculateurs me semble familier, va savoir pouquoi !)


Renard 02/04/2010 19:58


Ce qu'on nomme "la crise", mais qui est en fait qu'un signal de l'immense dérèglementation générée par la haute finance... ton récit m'y fait penser, mais je persiste à espérer que ça va
s'arranger..


BMB 02/04/2010 18:49


c'est beau quand tout se dérègle... au fait Il me semble que j'ai vu cette histoire quelque part, mais je suppose que toute ressemblance avec une société existante ne serait que fortuite !