UN MONDE PARFAIT - 1

Publié le par ZEITNOT



Comme tous les cinquante ans on ressortit un oncle de son biosarcophage. Un récent décret avait sévèrement limité les effectifs de ce type d’être, alors, durant quinze jours, l’experte équipe de survivorthanatos lui prodigua les soins prévus dans le protocole, des massages revitalisants, de la rééducation respiratoire et motrice ainsi que de subtils dosages nutritifs, enfin on le connecta aux interfaces de communication. Après des tests considérés comme satisfaisants, on transféra dans le cerveau du tricentenaire les bases de données concernant l’évolution du langage et les évènements remarquables du demi-siècle écoulé, malgré un tri draconien les items étaient pléthoriques. En permanence, on surveilla les réactions physiologiques et intellectuelles du sujet ; psychiatres, neurologues et comportementalistes ajustèrent l’administration des molécules facilitatrices, un cocktail savant. On communiqua aux sociologues des graphes qu’ils comparèrent à leurs projections, hormis deux pics étranges tout leur sembla conforme. Une semaine plus tard,   mardi, à l’exacte heure prévue, le Superviseur vint s’entretenir avec l’ancêtre dont l’aspect et la vitalité remplissaient de fierté ceux qui l’avaient réactivé. À l’issue d’une conversation de soixante et onze minutes, hermétique, le décideur examina la composition du panel qu’on avait composé en vue de la réunion, il biffa une dizaine de questions dans la liste qu’on lui soumit puis, très attentif, il visionna les hologrammes des étudiants et chercheurs conviés. Là encore, il y eut des suppressions. Affirmation superfétatoire de son autorité, prudence tatillonne confinant à la pusillanimité ? Un peu des deux pensèrent les plus autonomes en affublant leurs traits de résignation. Solennel et grincheux comme à son habitude, l’homme émit quelques remarques désobligeantes mais autorisa la séance en martelant qu’en cas d’incidents similaires à ceux qui avaient eu lieu l’an passé, dans la zone euro septentrionale, des statuts seraient révisés et que la Gestion se montrerait implacable. En attendant l’ouverture du colloque, prévue jeudi à neuf heures, les opérateurs continuèrent leur travail avec autant de zèle que de glace pilée au fond du ventre, aucun n’osa profiter des postes de divertissement ou des excursions proposées. Aucun ne voulut envisager les conséquences d’une rétrogradation, alors, tous gavés de tranquillisants, pelotonnés au fond des exiguës cabines d’absence, ils chavirèrent pour les neuf heures réglementaires dans un sommeil désert.

 

Dans l’amphithéâtre éclairé crûment par le soleil tombant de la coupole, une vaste estrade peu élevée avait été installée. Disposés en son centre, des meubles archaïques : un gros fauteuil couvert de velours brun, une table basse en verre bleuté, avec, sur son plateau, plusieurs étranges accessoires… des antiquités que les historiens très spécialisés connaissaient ; fort heureusement, à l’intention du public moins averti, par intermittence une projection cohérente orangée en indiquait les noms… Revues, livres, théière, tasse, briquet, cendrier, cigarettes.

 

Les placeurs, des sphères jaunes d’environ quarante centimètres de diamètre, menaient les êtres de la classe utile vers leurs gradins. Plus haut, de superbes androïdes accueillaient les membres de la classe   prem’s en leur susurrant des amabilités puis les accompagnaient vers leurs loges, et, bien que ce ne fût que simulacre, servilement ils procédaient à des réglages de confort. En réalité, dotées de la toute nouvelle version de dépistage, toutes ces mécaniques vérifiaient qu’aucun stagnant n’avait essayé de s’introduire dans les lieux, car la gestion répondant aux désirs exprimés par le FORUM, avait pris la décision de rendre les contrôles transparents.

 

De leurs douillettes alcôves, protégés d’insupportables curiosités par le dispositif d’annihilation iconique, affectant l’indifférence, les prem’s observaient tout de même la foule. Dans la fédération, côtoyer les utiles devenait de plus en plus rare, certains osaient se demander si, en cette circonstance, il ne s’agissait pas d’une fantasmagorie conçue pour les divertir et les rassurer, d’autant plus que le bruit courait que ces créatures aussi étaient en cours de réduction… Du moment que cela ne changeait rien au bon fonctionnement de la structure…  Plus insolite et alarmante, une rumeur insinuait que récemment, plusieurs repaires de stagnants avaient été anéantis dans le sud. On évoquait cette information avec une extrême prudence assombrie d’effroi, d’autant plus que tous les superviseurs de la fédération la démentaient, et que par conséquent, évoquer cela pourrait être considéré comme un signe de perméabilité ou pire… De scepticisme.

 

À suivre éventuellement…

 

En cette année CHOPIN, quelques pièces moins connues…

Tarentelle http://www.youtube.com/watch?v=I7obfQIfqWs

Trois écossaise http://www.youtube.com/watch?v=WwOVECTqyCI

Variations brillantes http://www.youtube.com/watch?v=m7Sxe1y0U7M

Boléro http://www.youtube.com/watch?v=km4trfKIcJY

 

 

N’oublions pas…


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http://dons.fondationdefrance.org/netful-presentation-association/site/fdf/default/fr/donations/index.html

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Renard 23/03/2010 01:33


Je commence à me régaler... l'absence a du bon, je vais pouvoir tout lire à la file..


tanya 20/03/2010 19:50


Je suis contente du retour aux nouvelles, et là c'est un univers fantastique et inquiétant, je me demande si ce monde est si parfait.


anto 20/03/2010 15:56


A certains moments du récit je me demande si c'est de la fiction pure car j'aperçois d'immenses passerelles entre la situation décrite et l'époque actuelle ,mais je dois être trop gavé de discours
politique ...


zeitnot 19/03/2010 19:42


Commentaire toujours aussi vulgaire et stupide d'arsenic supprimé.


arsenic 19/03/2010 17:00


Tu dois être content le vieux les maisons closes vont réouvrir d'après ce que tu racontes c'est toute ta vie