TENDRE PÈRE – FIN

Publié le par ZEITNOT

Début en TENDRE PÈRE - UN


Une vis dans le crâne, les tempes entre deux rivets, du sable nauséabond dans la bouche et le diaphragme cimenté, une sueur visqueuse dégoulinant de ses épaules lançait des coulées sous ses bras, au creux de ses aines, il se déplaçait dans une odeur âcre et un crissement de tissus mouillés. Il actionna la poignée avec des prudences de démineur et poussa le vantail de bois exotique. Les veilleuses de chevet nimbaient l’entrelacs des chairs, c’était une troublante composition de draps, de peaux et de chevelures. De part et d’autre, tête-bêche, les grues… Le minois de la Batave se confondait avec le visage de Wyatt dont le bas-ventre et les cuisses étaient enfouis sous la crinière de l’Italienne. Pire… Les doigts des filles se joignaient sur son torse maigre. Pour le reste, les vêtements étaient soigneusement posés sur les chaises ou rangés dans la penderie. Près de la baie, jouxtant deux étranges mallettes plus longues que larges, trois grands sacs à soufflets vidés et soigneusement refermés. Tout cela jurait avec l’outrageant désordre de la couche. Ils ne s’étaient pas jetés là dans précipitation de l’ivresse, abrutis par la fièvre du stupre, non, ils étaient organisés, avaient leurs habitudes, vivaient dans la débauche, s’y roulaient. Des nuisibles infects et décadents pourrissant le monde, corrompant l’occident.

 

Dans l’embrouillamini de son cerveau, une superposition de déflagrations et d’images sanguinolentes au bout du canon qu’il braquait sur les reins de Clelia, puis une bouillie écarlate noyant les fronts de Wyatt et de Téîma, puis le nœud des mains déchiqueté par les dum-dum, puis la piqûre de la poudre dans ses narines, et encore de profondes plaies noirâtres ravageant les murs, et le vacarme du verre en cascade dégringolant de la baie. Haletant il redescendit, rangea son arsenal, remit le cadenas en place, fila vers la cuisine ingurgiter deux Bud oubliées sur la table et faillit s’étouffer avec la mousse tiède. Il se dépouilla de sa chemise, de son short et de son caleçon, grimpa l’escalier, loupa les trois dernières marches et, titubant dans le couloir, rejoignit Lyndsey, arracha les draps, écarta les cuisses de sa femme puis, à genoux, contempla en sanglotant ce corps que depuis longtemps il n’avait plus la force de fréquenter.

 

Le dimanche fut paisible et doux. Les gamines racontèrent leur soirée, elles avaient répété une piécette avec leurs copines, celle qui serait donnée au collège avant les vacances. En milieu d’après-midi, l’avion était prêt. Les partenaires de Wyatt, Lyndsey avait décidé qu’on dirait comme ça, comblèrent Pierce de bonheur en insistant avec charme pour que le premier vol ait lieu sans tarder. À une vingtaine de miles au nord de la résidence, le Spitfire fonctionna parfaitement. Un triomphe.

Franck ne se reconnaissait plus, il voyait la journée s’écouler comme dans une gare un voyageur regarderait tranquillement passer des trains ne le concernant pas.

 

Les voisins revinrent avec un magnétophone, on déplora l’absence d’un piano mais les deux filles jouèrent en duo, malgré toutes les explications qu’on lui donna Franck n’en démordit pas : qu’un alto fut plus grand qu’un violon défiait le bon sens.

 

L’infâme trio partit lundi pendant qu’il était au travail, et le grand mardi arriva... Cinq mois d’attente ! Franck, parce qu’il était le meilleur du groupe, avait obtenu l’autorisation d’amener Pierce visiter son poste de guidage. L’enfant fut émerveillé par tous ces écrans, impressionné par l’ambiance des lieux, le défilement des messages, l’excitation des officiers et pensa que lorsqu’il serait grand, lui aussi aimerait bien travailler là. On lui confia un joystick en lui expliquant les règles, son père et un collègue l’aidèrent un peu… Pour le véhicule il n’eût pas trop de mal, ce sont les trois petites silhouettes qui lui causèrent de la difficulté, même que l’une d’elles parvint en rampant à se réfugier derrière un muret. Malgré ça on le félicita, et c’était enivrant cette gerbe de rires virils, et ces grandes tapes amicales, et ces applaudissements. Oui la qualité de l’image était bien moins bonne que sur son micro, mais puisque les officiers disaient que les drones étaient loin, au dessus d’un village de cette saloperie d’Afghanistan, ça expliquait. Et puis c’était pas pour de rire.

 

Comble de bonheur, de Creech Air Force Base à la maison, ils mirent vingt minutes. Juste vingt minutes.


MOZART

Duo pour Violon & Alto

1 http://www.youtube.com/watch?v=4_YrGjSwowQ

2 http://www.youtube.com/watch?v=z1fvK8o2FmU

3 http://www.youtube.com/watch?v=KOTYXEgCuFg

 

 

Pensez à eux...
images-7--copie-1.jpg

N'oubliez pas...

http://dons.fondationdefrance.org/netful-presentation-association/site/fdf/default/fr/donations/index.html

Publié dans NOUVELLES

Commenter cet article

Renard 23/03/2010 01:13


Et la vie continue... malgré les rêves fous de tout anéantir... sauf.. sauf les malheureux qui sont loin, qu'on ne voit pas de près, et qui paient ..mais quoi?
J'ai beaucoup aimé, merci à toi


Lainé Xavier 13/03/2010 05:11


Bon, j'ai dû louper quelque chose: va me falloir tout relire tranquillement.