TENDRE PÈRE - DEUX

Publié le par ZEITNOT

DEBUT EN TENDRE PÈRE - UN

Sa voiture devait être garée à une centaine de pas. Sûr, qu’il avait surveillé sa montre pour s’offrir ce petit plaisir d’exactitude ! Sûr, qu’il avait mis les deux jeunes femmes dans la combine… Ou, peut-être, n’avait-il rien dit. Fil-de-fériste provocateur et indécent, il aimait les équilibres précaires et se délectait secrètement des frissons qu’il provoquait. Inexpressif, impénétrable, une espèce de froideur verrouillait ses traits. Le regard toujours ailleurs, les gestes lents... Lents ? L’adjectif ne convenait pas. Aucune hésitation, jamais de précipitation, jamais d’impatience, pas plus de maladresse, pouvait-on le juger « à l’aise » ? Non. étranger, absent, indifférent, glacialement lointain. À sa droite, une latino sculpturale et incendiaire juchée sur des talons démesurés.  à sa gauche, presque enfantine, évanescente, une miniature, sacrément émoustillante elle aussi, une ashkénaze pensa Franck, il se vantait d’avoir du flair pour ces choses-là.

De la joie et de l’émotion sur ses joues poupines, effervescente, bafouillante de bonheur Lyndsey étreignit son frère, embrassa les deux traînées qu’elle prit par la taille en les menant vers le groupe d'amis. Ça commençait fort.

Les deux autres… Des larves ! Sourires niais, yeux de veaux, une lâcheté répugnante tandis que leurs femmes froufroutaient autour du trio. Elles n’en pouvaient plus de curiosité admirative, d’exclamations baveuses, de vocalises hystériques, et Lyndsey menait la fanfare. La plantureuse avait été ramassée à Florence, la chétive en Hollande, sans aucun doute extirpée d’une vitrine. étudiantes… Comme les bimbos de Vegas, depuis quelques années toutes les putes assez jeunes se prétendaient étudiantes, même dans les bars les plus sordides.

L’accompagnant en portant le plateau de sandwichs il encouragea Pierce qui préférait jouer avec son micro, puis ce sauvetage effectué, il redescendit en tentant de transformer sa colère en résignation. Pas facile.  

Plus tard, échoué à l’écart, déjà embué de cocktails, Franck ne pensait plus qu’au ventre des épouses, ça devait chauffer là-dedans, et les autres castrés qui passaient les plats, s’empressaient comme des caniches en louchant sur les garces, pas de miettes à espérer pour ces larves. Une fois chez eux, retranchés derrières leurs fronts, les couples profiteraient des fantasmes entassés au cours de la soirée, on fait avec ce qu’on a et comme on peut. À vomir. Plus rien ne l’intéressait, alors il bâfrait et buvait affalé sur un coin de ban sans se soucier de la litanie de reproches qu’avec ses airs d’éducatrice pour débiles, les lunettes sévères, Lyndsey lui servirait demain.

Quatre heures. Sur la table, un mot qu’il n’eut pas envie de lire. Quelques instants il se demanda ce qui l’avait réveillé… Pas de fraîcheur, pas d’air, aucun bruit, des scintillements nombreux enfoncés dans le ciel s’acharnant à les broyer, aucune lueur alentour, volets clos et toitures sombres, une lourde chape sur des vies assoupies. Il entra par le garage et se dirigea tout au fond, à droite, vers ce qu’il nommait sa banque, une pièce toute en longueur défendue par une porte blindée, épais acier sur lequel un copain du club avait grossièrement peint la bannière de la confédération.

Cinq essais avant de composer correctement la combinaison commandant les verrous. Une véritable étuve dans le réduit, il mit en route le ventilateur qui tritura un air que le plafonnier semblait épaissir.

De gauche à droite, dans l’armoire métallique et sur le rayonnage du milieu, trois Remington à pompe, deux Winchester 30-30, trois US M1, deux M16 et un M40, en dessous, accrochés à de forts pitons, trois Smith & Wesson 357, trois Colt Commander et deux Beretta 92 F, enfin, en vrac, émergeant d’une bâche posée sur le fond, une ribambelle de coutelas et de dagues. Un coup, ça lui flanqua un coup aussi fort que lorsqu’il avait vu la première ombre intime, celle de Virginia, une mère de famille épaisse qui l’avait déniaisé pendant que ses parents étaient partis régler une affaire de succession en Pennsylvanie, vingt-deux ans déjà. La violence était là, mais pas la vigueur, et de la vigueur il n’en ressentait plus qu’au travail, derrière son écran, mais quelle vigueur !

Il s’empara d’un M16 et de deux chargeurs qu’il casa dans sa poche révolver, puis monta sans trop faire attention au bruit de sa progression incertaine que la moquette étouffait si bien. Les filles avaient dû rester chez les Stanton, Pierce dormait en boule au milieu de son lit. Dans leur chambre, vautrée, Lyndsey refoulait des vapeurs d’alcool en ronflant, l’image d’une crosse écrabouillant la face bouffie d’excès vrilla un spasme dans les tripes de Franck qui eut besoin de quelques minutes pour se calmer, puis, aussi ralenti et attentif qu’un chasseur en approche, il se dirigea vers l’aile gauche formée de deux grandes pièces, d’un vaste dressing et d’une double salle de bain, un espace dédié aux invités, un espace qui ne servait jamais. Sauf quand le frère de Lyndsey venait… Donc rarement.


À suivre, éventuellement.  

 

BERLIOZ

Nuit de Sabbat, 4ème mouvement de la symphonie fantastique

http://www.youtube.com/watch?v=dHRdmDJYqEQ

 

Et n’oubliez pas…
images-7--copie-1.jpg
Et...

http://dons.fondationdefrance.org/netful-presentation-association/site/fdf/default/fr/donations/index.html

 

 

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Tagazou 12/03/2010 17:10


Du sang à venir?
Bonne fin de semaine Zeitnot!


BMB 12/03/2010 16:36


mais que vas tu donc encore nous inventer comme coup de théatre ?

Au moins l'arsenal aura l'heur de plaire aux indésirables...


Renard 11/03/2010 19:46


Quelle collection d'armes!!!
Je la sens mal cette approche près de la suite des invités....