FLORILÈGE DE GRÜNFELD – TREIZE

Publié le par ZEITNOT

début en FLORILÈGE DE GRÜNFELD - UN

 

Autour d’une assiette nordique suivie de quelques chèvres, rien qu’un aimable bavardage à propos des grands crus angevins et tourangeaux. Ce prélude achevé, devant la flambée il aligna les documents, puis entreprit d’exposer ce qu’il jugeait indispensable à l’orientation de leur travail. Habitué à jauger l’intellect des autres, les questions qu’elle posa, les courtes observations qu’elle fit le convainquirent : il avait affaire à une intelligence rapide et pénétrante servie par une mémoire exceptionnelle.

 

Au lever du jour, leur savoir avait planté une horreur glacée en eux. Au fil des pages une légion de turpitudes, la vision d’une mécanique barbare au service d’un cercle de crapules dont les commis appuient sur les pédales et tirent les manettes.  Les commis ? Grands dirigeants, dignitaires et excellences de tous poils, majestueux et décorés, le nez sous les ors et la gueule en maraude parmi les cuirs et les essences précieuses, la tripe goinfre de mets et de vins fins et bien sûr… Le sexe vorace de chairs juvéniles femelles ou mâles… Ce n’est qu’au lit que les grands approchent les esclaves. Les plus félons et les plus corrompus des commis intègrent parfois le cercle où ripaillent ceux que la naissance a établis. Broutilles les nervis et les tueurs mercenaires ou fanatiques, des angelots en regard de leurs commanditaires et des ignominies qu’ils servent.

 

Le besoin de respirer dans le jardin avant d’écouter la radio. Et puis…

 

Et puis les nouvelles. La bête était lâchée. On avait débusqué des terroristes. Après les pierres, après les incendies, après les armes, ceux que l’on stigmatisait sans vergogne depuis un nauséabond débat, ceux que la nation avait appris à craindre autant qu’à détester, ceux d’ailleurs propageait la maladie. Ceux d’ailleurs...  

 

Au cours de la soirée des perquisitions avaient avéré les hypothèses des services spécialisés ; il en ressortait que : manipulée par des groupes extrémistes la racaille semait partout Coxiella Burnetti. Arrestations, quadrillages, un super vigipirate écarlate était en en cours d’installation.  Vers six heures, dans une station du RER B, une jeune fille qui avait jeté une bouteille d’eau sur le quai avait été prise à partie par la foule et précipitée sur la voie, le périmètre sanitaire mis en place par l’armée confirmait la forte probabilité d’un attentat. Sur toutes les chaînes on dissuadait les familles d’envoyer leurs enfants dans les établissements scolaires, on parlait de l’utilisation de kamikazes toxiques, des gamins et des gamines s’indignait-on. Non seulement on incitait à la vigilance mais aussi à l’action en laissant entendre que l’autodéfense devenait légitime. La tension montait partout. Entre sept et huit heures plusieurs foyers accueillant des immigrés avaient été incendiés, on comptabilisait sur le territoire dix-sept tentatives de lynchage, bilan quatre morts et une trentaine de blessés. Aux alentours de villes, que le speaker ne précisait pas, des milices utilisant des matériels agricoles ou des engins de terrassement avaient broyé des camps de roms puis les avaient calcinés. On attendait une déclaration du Ministre de l’Intérieur, le Président parlerait sur TF1, France 2, France 3 et Canal + à dix-neuf heures.

 

Très vite ils se préparèrent, et prirent la route à bord d’une vieille Twingo. Ils se rendirent dans une grande brasserie en face de la gare de Nantes. Ils étaient méconnaissables. Tous les deux rouquins et affublés style plouc, rembourrés de partout, en plus lui portait un postiche de barbe, très fournie et frisée la barbe. Dans la cabine elle composa le numéro de Brochant.   

 

 

 

À suivre, éventuellement...

 

Très absorbé aujourd'hui j'irai vous lire demain...

 

BRAHMS Sonate n°3 opus 5 en fa mineur, Intermezzo & Finale

 

http://www.youtube.com/watch?v=mhYI_8v8TJY

Impossible de trouver les superbes lectures de Geza Anda ou de Walter Gieseking.

 

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evelyne 24/11/2010 18:01


froid dans le dos !!!!
premonition???
bises et bonne soiree zeitnot.


anto 22/11/2010 17:36


Science fiction ? pas si sur !


gaby 22/11/2010 02:26


A juste te lire, on se croit dans Farenheit 51 dans l'univers de Ray Bradbury.
Amitiés, gaby


BMB 21/11/2010 18:10


Pour les Roms tu peux ajouter gazés, eux ou leurs chiens, la police ne semble pas faire une grande différence...


Fomahault 20/11/2010 20:32


Espérons que tout ça ne soit pas prémonitoire...ou en tout cas, pas trop. ça fout les jetons ton histoire !