FLORILÈGE DE GRÜNFELD – SEPT

Publié le par ZEITNOT

début en   FLORILÈGE DE GRÜNFELD - UN

 

Après avoir épanché toute son eau, le ciel jetait sur Ker Ifern une blêmeur lunaire qui en grandissait les proportions, en aiguisait les arrêtes et en accroissait la véhémence barbare. Avant d’y sauter il scruta le grenier, pour ce qu’il put en juger nul n’était venu depuis sa visite, ce qui ne le surprit pas, puis il se rendit à la cave. Celui qui sur l’échiquier joue son coup en proie à l’incertitude est une mazette, aussi, lorsqu’il tourna la molette numérique et les deux alphabétiques pour composer 305 11 W 3646 20 tg 1, la seule cause d’insuccès qu’il envisageait était l’absence d’alimentation électrique si le mécanisme d’ouverture en nécessitait. Le système acquiesça en débloquant le verrouillage, il fallut tout de même manœuvrer les grilles et la lourde porte.

 

En forme de coupole, profonde et entièrement bétonnée, la cave abritait une douzaine de grosses batteries, un groupe électrogène, d’autres moteurs, des pompes pensa-t-il, et deux citernes ; il évalua celle contenant le fuel à une cinquantaine de mètres cube. Parmi les cinq armoires, l’une abritait un imposant tableau électrique, les autres contenaient des cirés, des bottes, des brassières de sauvetage et aussi des combinaisons, des bouteilles et des palmes, tout cela semblait en excellent état. Au fond, dans l’axe de l’île, encore une énorme porte manoeuvrable par un volant, et derrière… Un tunnel. Impressionnant le tunnel, trois hommes pouvaient y marcher de front et debout. Sur les rails s’enfonçant dans l’ombre, deux wagonnets accrochés à un cabestan motorisé ; courant sur le ballast tout contre la paroi de la tuyauterie de gros calibre. Après une trentaine de mètres dont la déclivité était d’au moins dix pour cent, cinq cents mètres de plat et puis une patte d’oie. À cet instant il négligea le tunnel principal remontant rudement vers l’ouest et explora le boyau est.  Un cul de sac au bout de soixante pas, mais au plafond du réduit une échelle à crinoline en aluminium tombant d’une cheminée de fort diamètre confirma ses prévisions. Après quoi, il remit le cap à l’ouest et aboutit à une grille interdisant une espèce de grotte où les dalles d’une cale étaient encore noyées malgré la basse mer. La connaissance qu’il avait acquise au cours de promenades en surface, son excellente mémoire topographique, sa maîtrise de la boussole et les plans au 1/1000 lui permettaient de voir dehors comme s’il y était. Revenu dans la maison, en utilisant d’autres codes, il ouvrit une pièce à chaque étage. Au bout de trois heures il avait ce qu’il était venu chercher, heureusement qu’il avait racheté un grand sac à dos. Ne voulant pas utiliser la voiture qu’il avait laissée à Santec, il marcha jusqu’à Saint-Pol-de-Léon et, d’un café sur le point de fermer, il appela un taxi.

 

Bavard le chauffeur, inquiet aussi… à la radio et à la télé, depuis la fin de l’après-midi, on parle d’une épidémie qui touche beaucoup de monde, toujours la même chose : les gens du gouvernement donnent des leçons en minimisant, en disant que c’est des rumeur exagérée, en braillant qu’ils ont la situation bien en main. C’est surtout notre pognon qu’ils ont en main ronchonnait l’homme en tapant sur son accoudoir, en suçotant goulûment des pastilles mentholées. Après une minute de réflexion, le procès continua crescendo… Tout ce qu’ils veulent c’est se gaver, ils en ont rien à godiller de nous autres, une fois qu’on les a élus on est des cons pour eux !  Cramoisi, en rendant la monnaie, au summum du courroux le procureur termina triple forte par un définitif, les cons c’est eux et je m’y connais !

 

Devant le buffet fiévreusement réapprovisionné par trois extra, on transpirait, on gloussait autant qu’on tarissait les verres, un trio donjuanesque cernait une grande blonde plantureuse aussi distinguée que Nadine Morano, après ce spectacle navrant il demanda sa clé. Dès qu’il ouvrit la porte bien que n’ayant pas allumé, il sut qu’il y avait quelqu’un dans sa chambre, quelqu’un qui avait tiré le rideau séparant le salon de l’alcôve où se trouvait le lit.   

 

 

À suivre, éventuellement…   

 

 

BACH art de la fugue, pour cette grande partition youtube est assez désert…

http://www.youtube.com/watch?v=JGR_6fij1to

 

Note éclaircissante…

305 en octal = partie 197

11* onzième partie

W championnat du monde

3646 en octal = 1958 année du match

20* vingtième coup

TG1 Tour va en G1

La conversion en octal pour tous les nombres exprimés par des chiffres inférieurs à 8 est inutile, on conserve donc le décimal.

Le personnage de cette histoire avait constaté que la molette numérique allait de 0 à 7 et que sur la seconde molette alphabétique la lettre A n’avait jamais été gravée, il considéra qu’elle avait valeur d’espace. Enfin, la validation des sélections se faisait par pression sur le bouton couvrant l’axe des molettes.

 

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anto 13/11/2010 16:47


On va finir par aimer les maths avec toi ,sans doute nos profs n'avaient pas la bonne méthode .
bon week end


Axel21Bonsoir Kinou. 12/11/2010 21:40


J'ai bien peur que ce ne soit pas une scène de sexe qui suive !


gaby23cinema 12/11/2010 17:38


Merci Jacques pour ce texte, merci pour les explications qui ne m'ont pas aidée, je suis désolée mais je ne sais pas t'exprimer ce que ta façon d'écrire me fait, vraiment désolée. As-tu seulement
pensé à regrouper toutes ces notes dans un recueil de nouvelles afin de les éditer, j'espère que oui. Personne intéressante, intelligente, élégante se mettant à la portée des autres sans montrer
que tu es si différent ... j'arrête, je ne suis pas douée, toi par contre!!
Sincèrement, gaby


BMB 11/11/2010 20:33


Echelle à crinoline ! jusqu'à présent je ne connaissais que les robes du même nom. Mais je crois que je préfère les robes... Quand à la solution, c'est toujours évident lorsqu'on à inventé le
problème.
Maintenant dis nous vite qui est dans sa chambre !