FLORILÈGE DE GRÜNFELD – DEUX

Publié le par ZEITNOT

début en  FLORILÈGE DE GRÜNFELD - UN

 

Sept années écoulées depuis sa dernière coopération avec le service et puis la surprise... Un déjeuner dans le salon Chinon du Petit Riche, magnifiques Haut-Lieu et Olga Raffault accompagnant de belles préparations tourangelles. Durant le repas, Brochant disserta sur le temps qui passe, qui lasse, commenta les derniers assauts climatiques, une catastrophe récente, écorcha quelques célébrités décérébrées, éborgna la gent politique, cita beaucoup Saint-Simon et Talleyrand dont il avait une connaissance aussi exhaustive que jubilante, puis, nonchalamment, s’enquit du cours de sa vie alors que sans aucun doute il savait tout… Après une prodigieuse vieille prune, muets ils marchèrent jusqu’à l’Opéra et poursuivirent jusques aux jardins du Louvre où ils s’assirent.    

 

— Pendant que j’avais le plaisir de renouer avec vous une enveloppe a été livrée à votre domicile. De quoi s’agit-il ? Je préfère qu’une seule personne en examine le contenu. Un homme en qui j’ai confiance. Un expert qui, s’il y en a un, saura trouver le sens de ces pages sibyllines…Me référant à votre expérience et votre talent, talent resté intact m’a-t-on dit, je pense que quarante-huit heures suffiront. En admettant que mon intuition soit fondée, en envisageant que la chose vous allèche nous irons plus loin.

 

Cinquante trois pages photocopiées qu’il feuilleta avant de les examiner attentivement. Quatre cent dix neuf défenses Grünfeld jouées de 1922 à 2007 présentées sans chronologie, toutes non commentées. Il connaissait parfaitement un bon quart d’entre elles. Dès la deuxième, la célèbre partie Byrne - Fischer, que la tour donnant échec ne fut pas spécifiée ne le surprit pas trop, aucun pratiquant n’ayant besoin de cette précision. Un oubli typographique pensa-t-il…Mais, au fil de l’exploration, coquilles, omissions, interversions de coups pullulaient ! Très peu de sommeil, beaucoup de cigarettes et de cafés plus tard, d’étranges coïncidences tournaient entre ses tempes. Seulement les affrontements numérotés par des nombres premiers ou des nombres puissants comportaient des erreurs, quatre-vingt un au total. Pour les nombres premiers ne participaient à la fête que les palindromiques à partir de deux chiffres et ceux de la classe Eisenstein à partir de dix-sept, sans doute afin d’éviter une redondance avec le onze déjà mobilisé pour les palindromiques. Le numéro cent quatre-vingt onze avait subi le même sort pour une raison identique…

 

« Celui qui croirait à un hasard devrait tenter sa chance à la roulette russe cent fois de suite avec cinq balles dans le barillet », commenta Brochant puis, le timbre gris et la diction mécanique il continua…

 

— Impossible de remonter la piste de la Toyata. Plus aucun moyen d’identification, un travail superbe. évidemment, pas le moindre vol signalé en France et chez ceux qui ont bien voulu coopérer, les caractéristiques du Highlander V6 nous ont seulement donné son âge, deux ans. Pas d’empreintes, pas de traces, à croire que c’est un ou de purs esprits qui ont utilisé la voiture, même absence d’éléments pour la malle d’acier dont les fioles nous alarment tant, je vous invite à lire l’additif concernant Coxiella burnetii. Quant au mort enfermé dans sa housse totalement hermétique, occis comme dans une arène… Descabello par verdugo, l’adorable objet était joint à la dépouille. Les légistes se perdent un peu pour dater le décès, le corps avait été congelé. Un corps dénué de signes particuliers, un corps très entretenu, celui d’un beau quadragénaire qui a péri en pleine forme, et puis une sacoche dont vous connaissez le contenu, sacoche et feuillets aussi vierges d’indices que tout le reste. Que s’est-il passé ? Pourquoi là-bas ? Pour quelles raisons ? Maintenant votre histoire de Grünfeld et de nombres …à défaut de rire nous allons travailler… Beaucoup. Et rapidement j’espère…

 

Se remémorer tout cela l’occupa jusqu’à Brest - Gipavas.

 

À suivre éventuellement.

 

P.S. Journée de travail un peu éprouvante, j’irai lire ceux que j’apprécie demain.

 

Charles Valentin ALKAN Sonate de concert

http://www.youtube.com/watch?v=YwILdluja7E

http://www.youtube.com/watch?v=saQ68UsIsVU

http://www.youtube.com/watch?v=Hdo_NjK9f2A

http://www.youtube.com/watch?v=pkeoDWlohyQ

 

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Axel21 07/11/2010 18:30


Sans être cavalier, je pense que tu es bien le roi pour nous écrire de telles histoires de fous qu'on ne saurait pourtant lire en diagonale tant il semble que tu nous prépares un bon tour. Et dire
que, comme il me manque une case, je me sens comme un pion.


BMB 06/11/2010 09:54


S'il te plait, ne traine pas trop en route et écris la suite vite !


Xavier lainé 06/11/2010 06:27


Bon, on fera preuve d'encore un peu de patience pour attendre la suite.


Fomahault 05/11/2010 20:34


lecture passionnante mais éprouvante : je constate l'immensité de mon inculture mathématique et échiquéenne, je n'irai voir personne d'autre ce soir, faut que je potasse les nombres de la classe
d'Einstein... pour les parties d'échecs, tu peux te gratter... je potasserai que dalle !
A part ces couillonades précédentes, j'ai le même plaisir à lire cette histoire que celui que j'éprouve encore en relisant pour la centième fois "le pendule de Foucault", tu crées l'envie
d'apprendre, tu inspires le respect, comme Umberto, voilà ce que tu me fais : tu exhales le parfum enivrant du savoir et tu déclenches le gratouillis subtil d'une légère jalousie...


ZEITNOT 08/11/2010 18:51



Chère Fomahault, je te remercie mais toi aussi tu m'apprends des choses, et je ne suis pas le seul... Ouerff ouerff comme disait et dit toujours Nathalie.