ERRARE HUMANUM EST - FIN

Publié le par ZEITNOT

 

début en   ERRARE HUMANUM EST - 1

 

Mea culpa ! Je n'avais pas mis à suivre, un peu exprès je l'avoue…

 

Tout en haut du froid. Du froid mouillé. Juste en dessous et de chaque côté, un battement fort, un battement douloureux et lent. Pas d'une force régulière cette pulsation, pas facile à localiser non plus. Extérieure ? Intérieure ? Entre cuir et chair, voilà ! Entre cuir et chair mais bizarrement plus torturante dans la faiblesse que dans la vigueur. Plus bas, du chaud. Du chaud moite, du chaud épais, du chaud dégoulinant, du chaud collant, comme le miel liquéfié qui nappe certains desserts. La même consistance, mais pas la même odeur. Pas du tout. Une acidité de sueur et des relents venant de plus profond, semblables à ceux d'une viande oubliée dans un placard, mais aussi une âcreté entêtante, celle de l'alcool qui a gorgé les muscles et la couenne, abruti les sens, et en strates, dans cet embrouillamini quelques effluves d'aurantiacées complètement surréalistes et bienfaisants. Par-dessus, par dessous, du tissu mouillé de tiédeur et, dans cette enveloppe collante, des chuintements, des sifflements, des gémissements. Une conscience fragile toute recroquevillée, toute parcourue de frissons, un lumignon de conscience enfoncé là-bas, au fond d'un boyau noir. Plus aucun repère. Un vide, un vide à la fois intrigant et rassurant. Sans doute ça… Le néant.

Dans la touffeur, la surprise d'un peu d'air… Un peu d'air tout joli racontant ces histoires de matins heureux quand les poumons s'enivrent de propreté lavandée, quand le corps s'abandonne aux gouttes qui pleuvent, chantonnent et rient en caressant la peau. Sur le côté, un glissement aussi léger que celui d'un chat venant offrir la volupté de son abandon, un infime creusement des draps puis les frôlements d'une fraîcheur satinée l'aidant à se souvenir de ses bras, de son torse, de ses jambes, une ineffable douceur si présente et si légère se posant tout près de sa joue. Et puis la délicatesse des mains effleurant son front… Et puis le chuchotement…Une autre histoire pour habiller les fantômes de la nuit.

 

Véruse ! Ce qu'ils avaient éclusé, une vraie paire de gorets ! Pas grave… Sérieux ! à un moment elle avait bien cru qu'il voulait la tuer, un coup de folie… Pas grave… On a tous des trucs fous qui viennent comme ça, on ne sait d'où, faut que ça sorte mais ça ne compte pas… Quand il avait envoyé la mitraille dans le néon du plafond elle avait fini par comprendre que c'était pour jouer, mais très imprudent, la preuve… Heureusement, juste quelques écorchures à cause du verre et puis le coin de table qui l'avait assommé. Ça lui avait mis un grand coup de panique, ça l'avait dessoûlée plus sûrement qu'une bassine de flotte sur la tronche. Elle avait eu peur que ce soit pire qu'un tour dans les vapes…et s'il avait calanché on lui aurait tout foutu sur les reins, à elle, avec sa guigne... Incroyable le mal qu'elle avait eu à le haler jusqu'au premier, à le déloquer, à le laver, elle avait complètement inondé la salle de bain, mais épongé du mieux qu'elle avait pu après l'avoir mis au lit. Pas trop de dégâts, elle venait de vérifier. Toute la nuit elle avait bien veillé sur lui, l'avait fait boire comme un papott*, l'avait soigné au Doliprane… Il devrait se sentir mieux maintenant, quand même. En lui essuyant le front avec un mouchoir parfumé, elle chuchota qu'elle ne voulait pas le gêner, que ça pouvait s'oublier, que ça dépendait de lui, mais que ce matin avant de replonger il avait été si précautionneux, si doux avec elle… Et qu'elle avait bien aimé…

 

Normal après tout, puisqu'elle a beaucoup de sentiments pour lui, qu'elle le calcule bien, qu'elle sait tout le bon qui est en lui. Et puis… Il y a tant de choses qu'on ne peut pas expliquer. Expliquer ça sert à quoi d'ailleurs ?

 

* papott : très jeune enfant dans le patois Chaumois.

 

 

CHOPIN

Berceuse en ré bémol majeur

L'enregistrement est très mauvais, mais tellement habité…

 

http://www.youtube.com/watch?v=n4jz2AWLFxE

 

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Publié dans NOUVELLES

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Jocelyne 26/04/2010 15:48


J'ai lu la rubrique idées, magnifiques articles surtout celui concernant le racisme. Votre plume est féroce mais si juste dans têtes à claques et taverne brune. J'ai lu aussi les cinq dernières
nouvelles, je vais revenir pour les autres. Originalité des idées servie par un authentique talent d'écrivain... Ce blog est un vrai bonheur. Merci. Jocelyne


D.KELLER 24/04/2010 10:36


Quel plaisir de lire ces nouvelles si vivantes et si remarquablement écrites, j'espère qu'on vous remercie pour ces cadeaux de grande qualité littéraire.


LAURENCE PHILO 23/04/2010 20:25


Très belle nouvelle le texte servi par une écriture virtuose ménage l'imprévu, l'épilogue m'a ravie.


anto 21/04/2010 14:10


Miracle de l'amour ou inconstance on ne le saura jamais a++


Renard 19/04/2010 23:57


Ouffff... j'aime beaucoup cette chute, plus que ce que je croyais être la fin hier, il y a peut-être une promesse en germe..