ERRARE HUMANUM EST - 3

Publié le par ZEITNOT

 

début en ERRARE HUMANUM EST - 1

 

La Vendée, en dehors des plages, n'est pas bien riche de sites…Entre les clapiers à touristes, campings, lotissements et immeubles, les restaurants allant de la cuisine soignée à la ragougnasse, les commerces de fringues et de souvenirs, pas grand-chose. Morne assemblage de paysages ingrats, oubliée par l'histoire, la contrée condamne ses visiteurs à errer entre un littoral bétonné et des îlots urbanisés d'une désespérante uniformité. L'hiver, Saint Jean-de-Monts est aussi affriolante qu'un entrepôt désaffecté. Partout, armé d'un fusil on guette le vacancier, le premier coup blesse, le second tue. Des escampettes, c'est ainsi qu'ils baptisèrent leurs promenades en Anjou et en Touraine. Départs très matinaux, retours nocturnes, et même quelques nuits dans des auberges, toujours deux chambres. Pas bien argenteuse, c'était son mot, elle fortifiait sa dignité en promettant le partage du gros loto qui tomberait un jour. Sûr, pas de souci ! Peu à peu il apprit des choses…  

 

La famille, en dehors de sa mère et de sa grand-mère… Des thons graves ! Les études, ça aurait pu aller sans tout le binz qui gave et ne sert à rien. Et puis, pour se donner un peu d'oubli, trop d'alcool, trop de fumettes. Et, forcément, la débrouille. Des mauvais plans, des bêtises et des récidives qui l'avaient menée au ballon, un mois puis trois. Les mecs ? Pas son truc, question d'organes et de comportement disait-elle, mais côté affection et moralité, les filles… Pas le jackpot non plus. Un paquet de tordues et d'égoïstes. Une qui l'avait bien grugée en la faisant bosser pour des miettes, quatre ans à tout faire dans son foutu hôtel resto, ménages, courses, service en salle et plonge en cuisine, la galère. Pas douce la patronne ! Même au plumard… Tiens ! Une autre, le top de la nuisibilité celle-là. Une esthéticienne de Nantes qui avait voulu la faire tapiner dans son salon. Torchonner dans la boutique et l'appartement, les clébards à promener, une aïeule à torcher, courir à droite à gauche, papouiller les clientes et se contenter des pourliches en guise de salaire. De cette ribambelle d'infortunes, elle parlait sans rancœur, des constats, rien de plus. Depuis qu'elle travaillait à la boîte, on lui foutait la paix, on lui payait ses heures et Boulloche se contentait d'y penser…

 

Lui aussi pensait, mais pas exactement comme il aurait voulu. Bien sûr, avec un curriculum de cette couleur la jeune femme entrait parfaitement dans le scénario qu'il avait imaginé, de l'horlogerie. Mais voilà, Katy instillait en lui une étrange potion. Parfois il avait envie de lui hurler ses vices et sa médiocrité, de la gifler, de briser ce troublant petit corps dont elle s'enorgueillissait rien que par la coquetterie de ses gestes, de la faire crever de peur avant d'écraser sa jolie petite bouille dont elle était si fière. Mais aussi, presque dans le même temps, l'envie de lui donner un guili-guili sur la joue afin de chasser les ombres et les humidités de son regard, l'envie de la bercer, de la câliner, de s'extirper vingt années et vingt kilos, l'envie de la convertir à d'autres sensualités, à d'autres fièvres. L'envie de ne l'avoir jamais rencontrée… Et l'envie de calciner toutes ces envies.

Tout arrêter lui semblait aussi impossible qu'oublier l'accomplissement de son dessein, car, contourner le gouffre ne le mènerait nulle part. Il se sentait dans la situation du voyageur qui sachant s'être trompé de train, ne parvient pas à prendre la décision de descendre dans les gares qu'il traverse.

C'est pour ça qu'il avait fui la taverne durant ces trois dernières semaines, c'est pour ça qu'il avait regagné le gourbi du rez-de-chaussée, c'est pour ça qu'il s'était remis à biberonner, à se vautrer dans la crasse et à touiller sa haine.

 

En tournant machinalement les pages du journal il avala son café puis en commanda un second qu'il emporta en terrasse, trop tenaillé par l'envie de fumer. À cause du coup de feu Katy apporta la note en y joignant une feuille de carnet pliée en deux. Une écriture enfantine, des ratures, des fautes presque à chaque mot. Il traça un gros OK, ajouta l'heure et le lieu du rendez-vous sur le billet et le lui remit quand elle encaissa. Elle partit, revint et lui sourit. En rentrant, rasséréné, il pensa qu'elle avait scellé son destin. Elle, et elle seule. Lundi soir tout serait fait. 

 

À suivre, éventuellement.

  

 

LISZT Après une lecture de Dante

 

W.SOFRONITZKY

http://www.youtube.com/watch?v=N7AddXLrr-c

http://www.youtube.com/watch?v=hjCs2xW8ppo

 

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anto 19/04/2010 13:58


Encore quelqu'un qui est mal dans sa peau et qui est ballotté par des envies contradictoires ,mais c'est plus courant qu'on ne le pense !


ASTRUC 19/04/2010 10:55


je ne pressent pas de bonnes choses. Katy a eu bien peu de chance jusqu'à présent. Son futur me semble sombre.


Renard 19/04/2010 01:17


Finalement, il a eu quelques penchants de douceur, dommage qu'il s'en soit bien vite écarté..


BMB 17/04/2010 18:46


quelle galerie de portrait ! Tu excelle dans la description des médiocrités de nos concitoyens. je craindrais presque de te rencontrer de crainte de finir en pilier de bistrot narcosé du matin au
soir !