ÉDIFIANTS VOISINAGES - FIN

Publié le par ZEITNOT


Les invités arrivèrent…

La ressemblance et la différence d’âge entre les deux femmes piaillaient qu’il s’agissait de la mère et de la fille. De la taille au long visage, toutes les deux sèches, toutes les deux rébarbatives avec des petits yeux d’un brun terne tapis derrières de lourdes paupières, des faces plates et osseuses barrées de lèvres pincées, des épaules étroites d’où jaillissaient des cous démesurés. Leurs manteaux ôtés révélaient des hanches et des postérieurs considérables, deux Saint-Galmier posées sur des jambes courtes et bottées. Du cuir fauve pour les bagages rebondis, de l’or en cascade mêlé de perles baroques bringuebalant sur les pulls sombres, encore de l’or tintinnabulant aux poignets, seuls les pouces n’étaient pas lestés de bagues ostentatoires. On se casa pendant que Monsieur créait une place dans le couloir en y campant de biais une volumineuse valise métallique qu’il cala contre la tablette du club duo et, après en avoir toisé les voyageurs, il s’assit en clamant à la cantonade : si je dérange on s’arrange… à ma façon ! Les dames soufflèrent un peu, déplorèrent les anciens compartiments du Jules Vernes qui, eux au moins, accueillaient six personnes. Elles se demandèrent pourquoi on n’avait pas conçu des TGV de luxe, amertume et indignation acéraient leurs voix. Le quatuor ne trouvait pas sa conversation. Par bribes, on évoquait des gens qu’il avait fallu voir pour les affaires, les incertitudes de l’immobilier dans la capitale, la naissance prochaine chez le fils marié avec une Italienne, on aurait préféré qu’il attende un peu, on a beau dire… Avec ces gens-là, il y tout de même des coutumes différentes, et puis elle est d’une famille de professeurs, on se demande quel sens des vraies valeurs elle transmettra, des intellectuels le pire est toujours à redouter. On avait eu quelques dîners, on n’avait pas trop aimé la reprise de la Cage aux folles malgré le grand talent de Clavier, on avait fait quelques achats sans trouver exactement ce qu’on cherchait… à cause de tous ces gens, de ces taxis trop peu nombreux, de ces embouteillages, de ce Paris aux mains d’une équipe de fanatiques incapables menée par un dégénéré. Et ici encore, cette foule dans le train, à cause de toutes ces réductions et de ces RTT catastrophiques pour les affaires. maintenant on est aussi mal en première qu’en seconde, si tout ce monde payait le vrai prix ça serait plus sain maugréaient-elles.   

Sur son tabouret de fortune le rondouillard bouillonnait, respirant court il ponctuait les échanges de haussements d’épaules, de rictus et de soupirs excédés, son talon droit martelait la moquette, l’épouse du fatras graisseux qui le regardait avec déférence lui donna de la lumière.

- Et nos amis, ils pensent quoi de ce qui se passe chez nous ?

Baryton rocailleux, mots éborgnés, accent pâteux, se fouillant la gorge en passant d’une rubrique à l’autre, le rhéteur épandit sa logorrhée. Au fil du discours on mesurait tout ce que le Vicomte lui devait. De lui, il savait tout. Sa famille, sa belle-famille, ses débuts, son ascension, ses ombres et ses succès, ses capacités et ses limites, à l’écouter on se demandait s’il ne connaissait pas le nombre de ses chaussettes, la taille de ses caleçons et la marque du papier qu’il utilisait aux toilettes.  Redevable ! De toutes ses réussites l’homme lui était redevable, ratages et fourvoiements n’avaient que deux causes, le manque d’envergure et la surdité de l’élu. kyrielles d’anecdotes douteuses, écheveaux d’indiscrétions scabreuses, dans le couloir c’était un dépeçage honteux. Le boucher tranchait, taillait, sciait. Heureusement, il avait trouvé un nouveau champion et surtout la gloire montante l’écoutait : Retailleau ! Plus moderne, plus habile, plus réaliste, moins calotin et surtout bien en cours à l’élysée.

Le Président du Conseil Général envoyé à la morgue, sforzando, l’omnipotent bavasseur sortit encore quelques coutelas…

- Nos voisins, ceux qui ont racheté le domaine, pendant que son mari qui, soit dit en passant, n’a jamais eu besoin de beaucoup travailler pour prospérer, et ben pendant qu’il va en mer sa femme ne chôme pas avec le régisseur ! Lady Chaterley en Vendée…


- Et les Machin-chose, si, si, vous les connaissez du golf, on m’a dit qu’il y a du tirage entre eux, y ferait bien de se méfier ce grand con de François, c’est tout de même elle qui a tout, elle le gomme quand elle veut, tiens dans ma jeunesse si je l’avais voulue celle-là, toute aristo qu’elle est. Élégance…

Et d’autres ragots salaces, d’autres médisances infectes.


À Nantes, beaucoup de gens descendirent, le couple se réfugia plus loin dans un club quatre déserté. Prenant leurs bagages et obligeant le butor à se lever encore l’homme lui glissa : d’Antigone au Marquis de Villars cité par Voltaire, et jusqu’à vous Monsieur… Seigneur protège-moi de mes amis… La désespérante vérité du souhait est vérifiée. Il y eut comme un froid.


Bien que déjà mis en ligne il y a quelques semaines, je ne résiste pas…


ROSSINI

http://www.youtube.com/watch?v=xdwHZc7NBhg

http://www.youtube.com/watch?v=s0WbgTOUQlY

 

Et pour les clients de la taverne…


http://www.youtube.com/watch?v=YZya8o3Chhg


N'oubliez pas, l'hiver est rude et de nouvelles collectes sont organisées...images-7--copie-1.jpg


Et aussi...

http://dons.fondationdefrance.org/netful-presentation-association/site/fdf/default/fr/donations/index.html

Publié dans DERISION

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Tagazou 12/03/2010 16:53


Je n'ai pas oublié Zeitnot.... (pour les resto!)
Dans le train, j'ai toujours l'oreille en éveil, mais je sais que certaines discussions m'oblige à intervenir parfois!


BMB 12/03/2010 16:42


bientôt on va t'accuser de racisme anti riches !
tout ça parceque tu ne supportes pas l'odeur du N°5 !


tanya 12/03/2010 13:54


Il y a des gens d'une méchanceté totale et qui n'ont aucune pudeur. C'est vraiment honteux.


nuances 10/03/2010 21:57


Ouh, la plume est acérée et le propos talentueux ... comme toujours !
A redouter d'être objet-sujet d'observation !!!


tinécureuil 10/03/2010 17:01


hello jacques, ça fait des lustres que j'ai pô laissé de messages, non pas que je ne passe point, juste chuis assez flemmarde en ce moment..... déjà je ne mets même plus de photo sur mon blog....
c'est dire... comment vas tu dis ??? bisous