DOUTEUX AMALGAMES ET VICTIMISATION

Publié le par ZEITNOT

Grippé, bronchité, cela me laisse un peu de temps pour écouter et lire. J’apprécie autant l’intelligence que la vaste culture du rédacteur en chef de l’Express dont l’habileté est grande. Nuancé, presque toujours d’une exquise politesse, Christophe Barbier que l’on dit intime de l’élysée doit parfois être pris de vertige et fort marri lorsqu’il converse avec le pote de Bigard….Je compatis.

Dans l’hebdomadaire qui a bien changé depuis sa création, Christophe Barbier rédige un éditorial servant d’introduction à sept pages où plusieurs plumes tentent de nous expliquer pourquoi il suscite la haine, titre de couverture couronnant la photo d’un Président pensif.

Chez beaucoup d’autres l’emploi du mot haine ne me troublerait pas trop, mais venant d’un normalien cela me gêne, cela me choque. Un normalien sait son vocabulaire et l’écriture lui donne tout le recul nécessaire pour peser et choisir ses mots. Encore une fois je rappelle la définition du mot haine : sentiment violent qui pousse à vouloir du mal à quelqu'un et à se réjouir du mal qui lui arrive.

 

Additionnant gesticulades et mines insolentes, verbe de charretier, viles manœuvres, mensonges éhontés, braillardes obscénités, le Président provoque chez beaucoup de Français et dans le monde autant d’écœurement que de réprobation voire d’hostilité. Antipathie, animadversion, indignation, dégoût, répugnance, aversion, horreur, objectivement on doit admettre que tous ces sentiments sont bien plus douloureux pour ceux qui les éprouvent que pour celui qui en est l’objet.

Concernant « la haine », au fil des pages on nous fournit quelques exemples : objets et courriers menaçants expédiés au château, photos féroces et articles stupides mis en ligne sur internet, réseau qu’un journaliste qualifie non sans raison de grand défouloir, phrase aussi stupide qu’irresponsable de la chanteuse Lio, crétinerie vite rétractée du prêtre Lillois. Oui ces excès sont déplorables, mais ils restent des excès imputables à quelques esprits chancelants ou à quelques tordus. In fine la moisson est maigre.

Peu structuré, tirant à hue et à dia, les différents signataires tentent de nous expliquer les raisons de cette « haine », et, subrepticement, l’analyse vire au plaidoyer.

- Si même toi lamentable zeitnot tu t’en es rendu compte, c’est que c’est gros. Es-tu seulement foutu de fournir quelques exemples ?

- Oui c’est gros, et surtout insidieusement malhonnête. Afin de nous convaincre on nous propose une pancarte légendée fils de Pétain, c’est un montage photographique où le Président est coiffé d’un képi. Tout le monde sait que les caricatures et les calicots sont forcément brutaux, mais quelles sont les causes de cette brutalité ? La sauvagerie de certaines images que le Président et ses sbires, dans une allégeance infecte aux racistes populistes ont abondamment voulu exhiber.  Voir des hommes harnachés comme pour la guerre séparer des familles, voir des hommes harnachés comme pour la guerre rudoyer une femme enceinte, voir des hommes harnachés comme pour la guerre fouiller des cabanes avant de les broyer, voir des hommes harnachés comme pour la guerre embarquer des miséreux, oui cela rappelle aux plus âgés de terrifiants et douloureux souvenirs, oui cela évoque aux plus jeunes des documentaires ou des fictions qui leur ont appris ce qui s’était passé durant les années noires. Les images se confondent, à qui la faute ? Ses laudateurs prêtent au Président du génie politique, force est de constater qu’il n’a pas su en ces circonstances mesurer jusqu’où il pouvait aller trop loin. L’homme est coutumier du fait.

 

La personnalisation du pouvoir facilite toutes les outrances nous explique-t-on, celles des détracteurs ou celles de l’intéressé ? En outre, personnalisation me semble bien faible, car du pouvoir le Président s’enivre jusqu’à la déraison. Du pouvoir il fait un usage narcissique et jaloux en imposant ses hommes liges à tous les postes afin de tout contrôler au mépris des lois et de la constitution. Se mêlant de tout, pesant sur tous, raillant et humiliant ceux qui le servent, ne manquant jamais d’insulter les catégories qu’il honnit… Les journalistes de la merde qu’il faut piétiner, les examinateurs sadiques ou imbéciles, les autres gouvernants incompétents, inexistants, inintelligents. Pour mener ses affaires, usant de chantage et d’intimidation, l’homme se comporte en caïd vulgaire, féroce et paranoïaque.

 

Nicolas Sarkozy cultive une logique du défi permanent nous dit-on. Ici encore la formule est bien insuffisante surtout lorsque, fort honnêtement, éric Mandonnet et Ludovic Vigogne évoquent le croc de boucher promis à Dominique de Villepin et le geste d’égorgement mimé à l’intention d’Alain Juppé. Ce n’est plus du défi Messieurs, c’est l’expression abjecte de la haine, ce sentiment violent qui pousse, etc.

Fort judicieusement, on nous parle du manichéisme et du goût pour l’affrontement du Président en omettant de nous dire que la conception dualiste du bien et du mal de cet homme est particulière puisqu’elle est égocentrique, égotique. Le bien c’est lui, tout ce qui n’est pas lui constitue le mal. Immature, caractériel, inculte, grossier, totalement mégalomane, le Président agresse, ce recours permanent à la provocation est souvent celui de ceux qui faute d’intelligence et de savoir ont choisi la violence et la voyouterie. 

 

Le Président a le sentiment justifié d’être assiégé, pour cette partie de l’exposé on nous refait le coup du petit jeune homme parti de rien en butte à la détestation des castes, victime du complot tramé par les élites. Heureusement que quelques braves citoyens l’ont soutenu au Fouquet’s.

 

Oui, fondé pour soutenir Pierre Mendès France, les années passant, l’Express a tristement changé. Françoise Giroud, François Mauriac, Pierre Viansson-Ponté, Albert Camus, vos successeurs sont bien faibles et leurs écrits bien emberlificotés, mais après tout, peut-on réellement en vouloir à des avocats commis pour une cause indéfendable ?

 

Si parmi les membres du groupe des cinq, Moussorgski, Rimski –Korsakov et Borodine sont connus, Balakirev et César Antonovitch Cui ont été un peu oubliés.

 

Ce soir M. Balakirev

 

Premier concerto pour piano en fa dièse mineur

http://www.youtube.com/watch?v=_etZBm3xGuM

http://www.youtube.com/watch?v=NhOteII6Pig

images-7--copie-1.jpg

Publié dans IDEES

Commenter cet article

tanya 31/10/2010 12:02


J'aime beaucoup ces analyses car elles sont intelligentes et poussent à réfléchir.


D.Keller 19/10/2010 00:22


En voyant les comportements de NS et de ses partisans on a plutôt le sentiment que la haine vient de chez eux très belle analyse.


Laurence_philo 17/10/2010 12:57


L'Express, le Point et le JDD pour ne parler que des hebdomadaires se chargent de la propagande présidentielle et ne parlons pas de la télévision. Certains sont des valets et d'autres craignent
pour leur situation. Le résultat c'est 80% des médias aux ordres.


mocekx 04/10/2010 17:04


j'ai connu "l'express " au de JJSS et son reportage sur la guerre d'Algérie que nous commentait notre prof de philo Mr Lasnier ; oui c'était vraiment autre chose!


BMB 03/10/2010 20:35


le garçon est un peu paranoïaque alors lorsqu'il atteint 25 % de satisfaction il pense que les 75 autres % le haïssent.