DÉDALE - DEUX

Publié le par ZEITNOT

 début en DÉDALE -UN-

  

 

Pas l'ambiance des grands jours, mais tout de même… Vibrait dans la salle de réunion cette curiosité chaude et un peu désordonnée que les affaires étranges suscitent malgré la cohorte des échecs et des succès que les années ont empilés.   D'une intelligence agile servie par une capacité d'analyse que tous lui enviaient, mais souvent déroutante par sa manière originale de présenter ses synthèses, après avoir rajusté son foulard, tiré sur les pans de son blazer, vidé son gobelet, Maud alla se placer à l'endroit qu'elle affectionnait, celui qui, elle avait dû le vérifier, l'exposait le moins sauf si la moitié de l'assistance acceptait de se tordre le cou. Une voix de tabac, d'alcool, de nuits écourtées, pas seulement par le travail supposait-on, une voix qui ajoutait à l'inépuisable trouble qu'elle suscitait autant chez les hommes que chez les femmes, finalement une voix en harmonie avec ses yeux aussi noirs que sa courte et raide chevelure encadrant un visage mince, autoritaire et d’une sensualité sauvage. Candidats amants ou maîtresses ne pouvaient envisager que d'être consumés puis jetés, avec au fond du ventre un irréparable manque.

— Les seules questions qui vaillent en ce moment sont : la série est-elle finie ou s'agit-il d'un premier chapitre ? Sommes-nous invités à étudier…Comment dire…Un petit chef-d'œuvre terminé, bon à ranger au musée des horreurs. Veux-t-on que nous nous épuisions et qu'enfin, bredouilles, nous traînions ça comme un cauchemar tout le reste de notre carrière. Celui, pour l'instant je dis celui car c'est plus commode, donc celui qui a fait ça quel est son truc ? Voir si nous pouvons reconstituer l'histoire, nous rapprocher de lui ? Selon les premiers résultats cinq années depuis la dernière preuve et preuve de quoi on ne le sait pas encore précisément…  De toute façon nous sommes dans le hachoir. Pas de fuites, surtout pas de fuites, toutes les hypothèses sont envisageables… Maintenant je vous montre la vidéo.

 

Une vaste cave, le caméraman avait examiné de long en large le sol fait d'un caillebotis métallique puis les murs, nets et nus. Presque aussi longue, la séquence suivante montrait les deux armoires fermées, puis ouvertes… Mais vides. L’insistance de l’objectif explorant tous les recoins trahissait la déconvenue de l’opérateur. Suivait un lent travelling, la caméra avait sans doute été portée à hauteur de hanche pour examiner les sept tabourets genre dessinateur ; sur chaque siège une boîte type conserve pour collectivité. Une autre séquence avec davantage de recul permettant de mieux comprendre le dispositif accéléra les respirations. Un fil de fer tendu au-dessus des tabourets, à un mètre. Accrochés au fil, des sacs en plastique, sept aussi. Enfin des plans fixes pris au laboratoire… La projection cessa, le feulement reprit.

 

—  Dans toutes les poches qui avaient été scellées sous vide on a trouvé de la lingerie, petite culotte, soutien-gorge, porte-jarretelles, bas. Marques chics La Perla et Lejaby, sous-vêtements portés rien que par des rousses ou des blondes, et rien que du 95C. On attend d'en savoir plus. Jusqu’à maintenant deux boîtes ont été ouvertes, contenus identiques : échantillons biologiques dans des tubes, cinq mille euros, une rose, un dé de poker et un yo-yo. Je dis bien un yo-yo, vous ne connaissez peut-être pas... C'est un jeu d'adresse, je suis allée faire un tour sur Google, il y a un club et encore des championnats. Mon père m'avait parlé de ce machin, il en avait gardé un qu'il tenait de son oncle. Au cours de la journée on en saura davantage. Il y a du taf : la baraque, proprio, locataire, voisinage. Les éventuelles disparitions ça c'est la brasse, tant de gens s'évanouissent. Je le redis… Fin d'un chapitre ? Annonce d'une suite ? Jeu pervers ? Il faut absolument que tout le monde la ferme car on peut même envisager plus tordu encore, je pense à un maniaque voulant faire des émules. Comme gravier dans la godasse on ne pouvait pas trouver pire.

 

Avant d'organiser le travail Maud observa Fermat, bien que semblant ailleurs il se leva puis la suivit.

 

Totalement loufoque cette histoire dit-elle assez fort en s’asseyant sur le fauteuil visiteur de son bureau tandis que le regard du divisionnaire fuyait ses cuisses que la jupe trop fendue exposait à la lumière féroce du plafonnier, puis comme pour elle-même…

 

— Accumulant les invraisemblances toutes ces séries américaines dont les gens se gavent sont bien loin de la réalité et ont fait du serial killer un être mythique, supérieurement intelligent, démoniaque et joueur. Carabistouilles ! Les maniaques tuent car ça les fait jouir ou par cupidité mais ils ne s’amusent pas, la plupart se font piquer par imprudence ou incohérence… Mais là c’est bizarre, non ?

Fermat soupira, se frotta les tempes et observa que s'il s'agissait de meurtres elle allait peut-être devoir réviser son jugement, puis suggéra… Et si nous étions invités dans une partie ?

 

À suivre, éventuellement.

 

 

RITA STREICH… Une féerique colorature

Mozart

http://youtu.be/COAptyz_GRY

http://youtu.be/fRYP_-L7uxA

Schubert

http://youtu.be/EhQ9l0mdC9Q

Puccini

http://youtu.be/pegVEdZM0ew

Dvorak

http://youtu.be/uLoP8_wjLCM

 

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