CE N'EST PAS UNE FICTION...

Publié le par ZEITNOT

Il y a longtemps…

avec une collègue, pour prendre l'air, pour échapper à la tension, elles fumaient durant une courte pause. C'était souvent vers deux heures du matin. Quelquefois plus tard, et quelquefois le temps leur manquait. Un matin elle rencontra un homme que la nuit et le froid avaient violacé, tant de souffrance sur son visage, tant d'épuisement dans sa démarche, un fantôme de malheur… Elle était sur le point d'acheter son paquet, il n'y avait pas beaucoup dans son porte-monnaie, pas beaucoup sur son compte… à Paris, se loger, même dans un gourbi haut perché coûte fort cher, et puis elle aidait sa mère. Elle acheta les cigarettes et donna le reste de ses sous au malheureux. Quelques jours plus tard il y avait une collecte pour la Banque Alimentaire à l'entrée du franprix où elle faisait ses courses, jamais grand-chose tant elle était habituée à réprimer ses envies et à restreindre ses besoins. Mais, ce jour-là, elle dépensa davantage en prenant la décision de ne plus fumer que les deux cigarettes de la nuit, plus une ou deux autres, quand elle en aurait vraiment besoin...  Nous, maudits fumeurs, avons l'impression que le tabac consume nos stress et asphyxie nos manques. Et du stress, et des manques…

Avec un carton pris à la supérette elle confectionna une tirelire qu'elle entoura de sparadrap, et puis…

Scrupuleusement elle alimenta la boîte comme si elle avait continué à fumer, et la tirelire sonna. Bien que souvent tentée elle se refusa le microscopique plaisir de la Bavaroise aux abricots qu'elle s'offrait une fois par semaine, et la tirelire sonna. Au métro ou à l'autobus elle préféra la marche, et la tirelire sonna. Et toute l'année la tirelire sonna, si bien que l'hiver suivant elle put emplir plusieurs chariots pour les Restos du Cœur et la Banque Alimentaire. Jamais elle ne cessa.

 

Tout récemment…

Elle a encore eu le bonheur de cette action, avec un petit regret… Sa situation s'est améliorée, alors c'est moins d'efforts. Jamais elle n'a mis cette générosité en avant, elle ne fait pas partie de ceux qui ont besoin de dire à tout bout de champ, et même hors propos, qu'ils ont fait quelque chose de bien. Pour ma part, j'échappe à cette tentation, car je ne fais que le mal.

 

Ah ! J'oubliais… éberlués les gens du centre Leclerc où elle a fait ses dernières courses de fraternité.

 

Toujours des ouvertures par le génial W.FURTWängler

 

Beethoven

 

Coriolan http://www.youtube.com/watch?v=QoultibNlus

Egmont http://www.youtube.com/watch?v=ONDQHSy7aEs

 

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Publié dans IDEES

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nuances 16/01/2011 00:36


Cette même collègue ... est toujours à mes côtés en pensée lorsque je rencontre la misère.
Pour cette même histoire et pour son humanité "rayonnante".

Très belle année à tous ceux qui contribuent à un monde meilleur.


Renard 14/01/2011 00:22


C'est de ma petite chérie dont tu parles, et je me dis que s'il existe encore des personnes comme elle, alors, il reste un peu d'espoir en l'humanité...
Merci à elle d'être ce qu'elle est, merci à toi d'être qui tu es.
Que la lumière vous accompagne cette année, toi et ceux que tu aimes..


barovin 11/01/2011 11:34


Meilleurs voeux 2011...Merci pour cette simple humanité que tu nous rapportes et qui est souvent diluée, voire complètement invisible, mais toujours présente ...malgré une vie de consommateur où le
chacun pour soi est érigé en dogme ...pour mieux pouvoir exploiter le collectif.
Un pavé dans la mare du politiquement correct
sur mon blog....Qu'en penses_tu


evelyne 04/01/2011 11:51


bonjour zeinot
je suis venue te souhaiter une tres bonne et heureuse année 2011...
bises et bonne journée...


vahram 28/12/2010 16:15


un homme, le chariot plein, rencontre sur un parking de supermarché un autre "homme" mangeant de l'herbe. "Mon brave,je vous en prie, venez chez moi... l'herbe de mon jardin y est bien plus
haute!"
merci