ABSENCE D'IMAGE, ABSENCE D'EXISTENCE ?

Publié le par ZEITNOT

Sous le titre réflexions amères sur l'affaire DSK, Élie Barnavi écrit dans Marianne. Ami de l'ancien directeur du FMI, et il ne le dissimule pas, c'est au nom de cette amitié qu'il s'exprime. Il évoque ce qui s'est passé dans les médias et cette nébuleuse qu'on appelle l'opinion depuis les accusations, non encore avérées, pas encore jugées, puisque pour l'instant et selon le processus américain, seuls la police et le bureau du procureur détiennent les éléments probants ou pas du dossier, et sont les seuls autorisés à communiquer.  Dans le texte remarquable d'intelligence et de mesure d'élie Barnavi, des idées m'ont heurté. Je cite intégralement le passage les contenant…à mon tour je ne parlerai pas de Nafissatou Diallo. Pas par mépris de classe, grands Dieux, ni par indifférence à son sort. Mais tout bonnement parce que je ne sais rien d'elle, ou si peu. Je viens d'apprendre son nom, ses origines, des bribes éparses de sa biographie. Je n'ai toujours pas vu son visage. Avant qu'elle ne surgît dans mon horizon à cause de cette tragédie, elle n'existait pas pour moi, et elle n'existe toujours pas autrement. Comment maintenir balance égale entre une inconnue sans visage et un vieil ami ?

Je sais le risque que je prends en rapportant ces mots. Quelques visiteurs qui ne comprennent rien, ou feignent de ne rien comprendre hantant parfois ces lieux, le danger est grand que ces gens dont je reparlerai déversent une fois encore leurs immondices mentales.

 

En ce monde où trop souvent l'image prévaut sur la pensée, aiguillonne les instincts, corrompt la réflexion, je déplore que l'absence de photographie touche aussi le rédacteur et semble diminuer son acuité. Mes déplacements professionnels m'amènent à fréquenter des hôtels plutôt confortables où ceux qui m'emploient me font héberger. Des jeunes femmes comme celle dont il est question, ce personnel d'entretien constitué d'Africaines, d'Asiatiques diverses, ce peuple d'esclaves proprettes condamnées aux coulisses, il n'a pas pu ne jamais le voir, il suffit de passer le matin dans un couloir vers dix ou onze heures. Le visage de Nafissatou Diallo a quelque chose d'universel, il est celui de ce monde énième qui trouve son servage où il peut, de ce monde énième que les grands groupes payent à vil prix car il est si fragile, si démuni. De ce monde énième qui sera toujours cantonné dans les mêmes tâches jusqu'à son usure absolue, usure qui le précipitera dans une vieillesse difficile et prématurée. A-t-on besoins d'un cliché, d'une vidéo, pour que la misère et la détresse des gens nous soient perceptibles, que notre humanité s'en émeuve, sommes-nous devenus tellement hermétiques aux mots pour que sans image... L'existence des autres soit "non existence" ?

Les ravages causés par la faim, par les épidémies, par les guerres, est-il besoin de les contempler sur son téléviseur, le cul enfoncé dans un fauteuil, l'apéro et les chips à portée de main pour que ces misères nous deviennent réelles, nous affligent et nous révoltent ? Et encore, quelle est la puissance des images puisque nul ne s'étouffe en dînant au moment du journal télévisé lorsqu'on lui montre des corps fauchés par des rafales, des enfants hagards au milieu des bombardements ?

 

Je reviens aux visiteurs… Je sais que le réseau du tavernier fonctionne parfaitement et, comme c'est étrange, après que j'aie éclairé une des fidèles de l'assommoir, de courageux anonymes sont venus éructer. Alors "j'ai l'œil", "guillevic", vous êtes des lâches, plus particulièrement "guillevic" qui citez mon nom en vous gardant bien d'établir un lien vers votre site et de laisser une adresse mail. Pour ma part, lorsque je commente ou que je prends contact, je renseigne toujours les zones d'identification. Sottise, couardise, tartufferie, vulgarité, quelle signature ! Pour le reste, vos insultes démontrent que l'article précédent ainsi que son lien visaient juste et, bien que prétendant ne pas connaître la taverne brune, vous utilisez les mêmes procédés que le tenancier et son abjecte clientèle. Puisque l'entomologie semble vous intéresser, à la taverne ce sont les coprophages qui se rassemblent, bon appétit.

 

 

Consolations

BACH MATTHÄUS PASSION

 

Dans cette œuvre immense l'aria Erbrame dich.est celle qui me touche le plus, trois versions.

Julia Hamari http://youtu.be/aPAiH9XhTHc

Christa Ludwig http://youtu.be/x2XUaCWezRY

Marilyn Horne http://youtu.be/SiJuiXoSscI

 

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Publié dans IDEES

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Ecusette de Noireuil 15/06/2011 19:43



Les textes sont toujours d'une grande justesse, il ya tellement d'humanité et d'intelligence que je n'ajouterai rien aux propos des amis de l'auteur. Bien-sûr je trouve abject tous les
commentaires, lâches, stupides et sordides mais hélas "rien n'est parfait "comme disait le renard.


En revanche, cette musique, cette Passion, cet aria, comme c'est beau et triste à la fois, douloureux, profondément désespérant; cette mère qui pleure son enfant... quel déchirement mais que
c'est beau! J'ai du mal à préférer telle ou telle version, y compris celle de Marga Hoffgen que j'ai plus en mémoire. Toutes sont terriblement émouvantes, bouleversantes. Et puis d'ailleurs,
toute cette Passion est belle! Merci pour ces propositions d'écoutes.



ZEITNOT 19/06/2011 18:37



Merci pour ce chaleureux commentaire. Une recherche m'a permis de retrouver Marga Höffgen elle aussi magnifique, j'ai ainsi eu la joie de la faire écouter dans l'article suivant.


http://youtu.be/0XrM6JHjg2I



tanya 13/06/2011 16:15



C'est un article très humain et tès touchant, je me demande comment un anonyme a encore pu déposer sa sottise et sa méchanceté.



fomahault 08/06/2011 20:12



L'avocat qui va défendre cette femme, lui, profite à plein de cette religion de l'image. Nous vivons vraiment des temps étranges...



Moustic581.. 08/06/2011 20:04



Pour compléter , je dirais , le poids des mots et le choc des photos .. l'information ne plus que cela .. A++



automne81 08/06/2011 16:49



tu as tellement raison ,l'image nous arrive  ,parfois faussée ,et vite tellement vite que parfois elle en devient banale et c'est là le drame ,on ne voit plus vraiment ce que l'on
devrait voir ...la réalité,la misère des pauvres gens....


quand a tes visiteurs insultants,tu fais bien de laisser passer leurs coms , au moins on sait a quoi s'en tenir...signer justice un com comme celui que je viens de lire ,me fais doucement
sourire...ya pas a dire elle est belle la justice!!!....


bises et bonne apmd zeitnot...