LE BUZZ DE RENARD

RENARD DANS MES FAVORIS LANCE UN APPEL
 RELAYEZ-LE EN TEXTE LIBRE ET EN COMMENTAIRE


Nous rappelons au Président de la République de tenir la promesse qu'il a fait lors d'un discours le 18/12/2006

"Je veux, si je suis élu président de la république, que d'ici à deux ans, plus personne ne soit obligé de dormir sur le trottoir et d'y mourir de froid. Parce que le droit à l'hébergement, je vais vous le dire, c'est une obligation humaine. Mes chers amis, comprenez-le bien : si on n'est plus choqués quand quelqu'un n'a pas de toit lorsqu'il fait froid et qu'il est obligé de dormir dehors, c'est tout l'équilibre de la société où vous voulez que vos enfants vivent en paix qui s'en trouvera remis en cause."
Mardi 6 septembre 2011 2 06 /09 /Sep /2011 19:17

Vingt sept personnalités ont été entendues par les journalistes du Monde, Gérard Davet et Fabrice Lhomme. De leur ouvrage, sarko m’a tuer, presque tous les médias suivis par les stipendiés et les sbires du Président n’ont retenu que l’entretien avec la juge Prévost-Desprez. Si dans le classement mondial 2010 concernant la liberté de la presse la France n’occupait pas le 44ème rang, juste après la Papouasie Nouvelle Guinée, on serait en droit de s’étonner.

La publication des bonnes feuilles surtout pour un livre de ce type est une pratique détestable car non seulement elle relève de l’arbitraire mais surtout elle permet de ne pas traiter du fond. Après la lecture des 364 pages, les remugles et les opacités de l’affaire Bettencourt semblent très secondaires par rapport à ce que les auteurs ont recueilli. Ce livre est une tonalité, un musicien dirait qu’il a l’inquiétante noirceur du si bémol mineur. Ce livre est une odeur, celle âcre de la sueur qui dégouline lorsque le corps et l’esprit sont violentés. Que confient les interviewés ? Souvent leur peur, et pour certains les traitements brutaux qu’on leur a infligés, les intimidations et les menaces qu’ils ont subies, et pour tous les méthodes sordides qui ont été employées afin de les briser, de leur faire irréparablement mal, de les humilier mortellement. Au fil des chapitres, comme par un effet de surimpression, quelques infectes images se précisent… La haine forcenée, la rancune meurtrière, le cynisme, la brutalité, la vulgarité, l’acharnement démentiel d’un homme qui, secondé pas ses nervis et utilisant à son seul profit les services officiels et leurs officines veut tuer moralement et socialement ceux qu’il n’a pas réussi à séduire, à dompter ou à corrompre. Ceux aussi dont le travail, je pense au juge Van Ruymbeke, le met en danger, ceux qui lui ont simplement déplu, ceux qui ont égratigné son incommensurable orgueil, ceux enfin qui ont fragilisé l’effarante fable que lui et ses conseillers nous ont contée au fil des années. Si les commentateurs avaient eu un peu d’âme c’est de cela qu’ils nous auraient parlé, c’est à ce sujet qu’ils auraient écrit. Je prends la liberté de recommander le chapitre relatant une visite du fraîchement élu Maire de Neuilly, il avait alors vingt huit ans, dans les locaux professionnels de Jacques Dupuybaudy. Au cours de l’entretien, à sa manière grossière et méprisante, l’ambitieux personnage indiquait très vite ne pas être venu pour parler de l’entreprise mais exposait son plan de carrière jusqu’à la présidence et proposait les services de son cabinet d’avocats d’affaires, c'est-à-dire la facturation de prestations fictives, tout Nicolas Sarkozy était déjà là…

 

 

L’ecclésiaste.

Malheur au pays dont le roi est un enfant et dont les princes ont mangé dès le matin.

 

Consolations … CHOPIN

Sonate N°2 en si bémol mineur

Marche funèbre –lento & final-presto

http://youtu.be/2VkMClzQ5IM

Si vous ne souhaitez écouter que la panique du presto poussez le curseur en 6.35

 

Fantaisie & impromptu, quelques approches…

A.Braïlowsky http://youtu.be/UKPG1_74nnc

V. Igoshina http://youtu.be/qa0Z6g1XJkU

W.Horowitz http://youtu.be/x93pwAvUkAA

S. François http://youtu.be/_YeD_vhBRvA

G.Cziffra http://youtu.be/ow1c8esX3bQ

 

Et pour la presse http://fr.rsf.org/press-freedom-index-2010,1034.html

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Mercredi 10 août 2011 3 10 /08 /Août /2011 19:30

 

Répondant à un journaliste qui avait le mauvais goût de l'interroger à propos du tribunal arbitral naguère mis en place, ce vertueux trio qui octroya 45 millions d'euros « au titre du préjudice moral » en sus d'autres versements, voulant justifier de l'indépendance et du parfait bien-fondé de sa décision, Madame Lagarde a rétorqué : est-ce que vous croyez que j'ai une tête à être copine avec Bernard Tapie ? On peut s'étonner que cette élégante boutade n'ait suscité ni analyse ni commentaires…

Répondre à une question par une question est une vieille technique dilatoire enseignée aux hussards de la vente à domicile casant des trousseaux, des ustensiles et des produits miraculeux ou d'édifiants ouvrages rassemblant les familles à la veillée. Autres seigneurs du baratin, les camelots, les bazardeurs de salons luxueux tout cuir, de cuisines, de cheminées, de vérandas et de pompes à chaleur usent aussi de cet artifice, mais les bataillons de ces professionnels de la subjugation et de l'entourloupe sont totalement surclassés par le personnel politique, élite pratiquant cette impolitesse brutale, cet irrespect absolu de l'interlocuteur, ce coup de pied bas et vicieux.

La tête à cela, je ne sais… Mais l'esprit oui ! La brillante carrière de cette Dame en atteste. Avocate d'affaire, et de renommée internationale aime-t-on nous seriner, c'est une experte en tractations alambiquées et secrètes, en arrangements douteux, en combines obscures visant à contourner la justice et les règles mais cherchant surtout à concocter des compromis entre des puissants fort peu honorables, requins de toutes sortes qui finissent toujours par s'accorder pourvu que ce soit le vulgaire qui paie les désastreuses conséquences de leurs malversations.

Enfin, si la Dame est une cheffesse dépourvue autant d'âme que de scrupules fonctionnant parfaitement dans cette machinerie du fric, elle n'est pas bien fine, une vraie gaffeuse ! Qu'a pensé le Président complice et obligé de l'escroc, aurait-il lui, aux yeux de Madame Lagarde, une tête à être copain avec Bernard Tapie ? Et quelles bassesses, quelles vilénies, quelles prévarications, quelles sordides canailleries prospèrent dans cette chaude intimité ?

 

J’espère que ceux qui meurent de faim en Somalie se sentiront honorés d’être en charmante compagnie, la France verse pour eux 30 millions d’euros, l’équivalent du chèque envoyé l’année dernière à Madame Bettencourt.  

 

Consolation BEETHOVEN Sonate Opus 109 par W.Gieseking

Enregistrement de 1955 http://youtu.be/D4hVyZmjUrQ

Enregistrement de 1939 http://youtu.be/dPR5iOnx9pE

 

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Jeudi 4 août 2011 4 04 /08 /Août /2011 19:11

 

début en UN SON - UN

 

Au cours de la séquence elle changea de position cinq ou six fois, finit par s’installer en chien de fusil sur le canapé, étendit les jambes, puis les replia, lui était si obnubilé par le film qu’il ne vit pas l’ombre au fond de ses cuisses, ni ses seins que la tension du tissu exaltait. La phrase le fit sursauter.

 

— Si c’est chiant comme ça jusqu’au bout je vais m’endormir, remarquez rien qu’au titre je m’en doutais. On coupe vous voulez, ou on regarde mon film à moi, ou on bavarde, je n’ai pas encore sommeil malgré ce navet, profitons-en avant que je ne vous fasse le coup de la belle au canapé dormant. Vous voulez bien m’expliquer les raisons de votre choix.

 

Les points d’interrogation restaient bannis. Elle se leva, lui confisqua les télécommandes avec la douceur que l’on met en prenant le jouet d'un enfant, se planta entre l’écran et lui sans se soucier des effets de la transparence, coupa tout et remplit les flûtes. Gabrielle écouta. Nulle surprise sur son visage, mais de la concentration, de la bienveillance, des sourires aussi lorsqu’il évoqua les spectateurs et le projectionniste. Elle s’assit tout contre lui et, virtuose avec les zappettes, redémarra la séance en augmentant le volume sonore. À chaque minute il voyait l’indicateur de puissance progresser et Gabrielle se pencher, et Gabrielle fermer les yeux avec cette attitude que les gens ont lorsqu’ils veulent mieux localiser la source  d’un bruit infime, à chaque seconde le son était plus envahissant, c’était un violon. Sûr.

La première phrase du dialogue tonitrua, aussitôt l’icône du haut parleur apparut barrée d’un trait orangé. Le réflexe de Gabrielle les sauvait de l'ire des voisins. Dans sa poitrine cela cognait fort et vite, du sang bouillant inondait son cerveau, ses mains tremblaient, son torse et son ventre ruisselaient, un mélange de peur et de confusion l’étourdissait, il aurait avoué les pires turpitudes que sa honte n’aurait pas été plus noire. Passivement il acceptait cette effarante évidence, lui seul avait entendu le son, mais, dérisoire compensation, il se cramponnait à son existence et cette existence l’entraînait dans un dédale d’hypothèses… Chacune de ces hypothèses labourait sa raison.

Expliquer cette hallucination par des séquelles de l’accident le rassurerait, il envisageait de consulter tous ceux qu’il faudrait, oto-rhino, acousticien, neurologue ou psychiatre, mais cette bonne volonté esquivait la vraie question : pourquoi cette aberrante et fantastique anomalie ne se manifestait qu’avec le film ? Un acouphène spécifique ? Fadaise ! Sournoise, sauvagement tenace mais impossible à exprimer, Gabrielle l’aurait pris pour un fou, l’idée que le son lui était destiné, pas forcément à lui uniquement, mais à quelques- uns comme lui… Oui, peu à peu cette conjecture lui semblait absolument raisonnable, vraiment convaincante. Un message ? Un avertissement ? Une révélation ? Plus il réfléchissait, plus le recours aux médecins et à tous les spécialistes concernés s’imposait, car, une fois assuré de sa normalité, du bon état de ses tympans et de son système nerveux, il pourrait essayer de percer le mystère. Il faudrait du temps, du travail, il faudrait certainement étudier des techniques d’analyse, s'initier au décryptage. Il était aux portes d’une aventure considérable et passionnante, dangereuse peut-être, quelques livres lui revenaient en mémoire… Des fuites haletantes d’initiés traqués par des puissances occultes et tentaculaires.    

 

L’été passa. De sa chambre d’hôpital il vit les dorures et les rougeoiements de l’automne. Vint l’hiver et encore des hospitalisations, moins longues, avec des permissions, puis il rentra chez lui et fut très occupé par ses recherches. Il disposait d’un splendide laboratoire, d’équipements ultramodernes et performants. Grâce à internet il se documentait et correspondait avec des communautés ésotériques, les échanges d’informations lui permettaient d’orienter ses expériences, d’éviter les pistes hasardeuses et les culs-de-sac.

À l’agence tout allait bien, les bénéfices augmentaient, le soir Gabrielle parlait des résultats et des projets, il suggérait des idées dont elle tenait compte, assez souvent ils se rendaient ensemble à un rendez-vous avec des partenaires, ils testèrent quelques belles prestations dans les îles. Peu avant le printemps il vérifia la justesse du dicton « un bonheur n’arrive jamais seul », ses parents moururent… Un bel héritage et plus de rente à verser, l’appartement et leur train de vie brillèrent du pactole.

Quand la nuit ou le jour après l’amour toujours intense, toujours enivrant, toujours bouleversant, Gabrielle caressait son visage et lui chuchotait des mots si doux, si chauds, il se sentait bien. Assez souvent, après un souper fin, ils regardaient le film rien que pour écouter le son. 

 

 

Toujours A.BORODINE

 

Deux œuvres moins connues…

symphonie épique, un beau moment très joyeux

http://youtu.be/tbPEMUqqTV8

 

quatuor en ré majeur, touchante mélodie

http://youtu.be/uSdMKJqnnW4

 

Et puis des célèbres danses polovtsiennes du Prince Igor

http://youtu.be/q9sssgqP6-A

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Mercredi 3 août 2011 3 03 /08 /Août /2011 18:59

début en  LE SON – DEUX

 

Ils se répartirent le travail, façon de parler, c’est Gabrielle qui organisa les opérations. Il fallut d’abord remiser la vieille télévision et son décodeur, débarrasser une table de trois énormes piles de revues, déballer le matériel, remettre les blocs de polystyrène dans les cartons ; il exila tout ce fourbi dans une pièce aussi vide que deux autres, ses parents avaient emporté leurs horribles vieilleries dans le splendide appartement qu’ils avaient acheté au Touquet pour y vivre de leurs rentes près de cousins. Belles rentes, il y participait largement depuis que le couple rapiat lui avait cédé l’agence. S’estimant plus qualifiée Gabrielle procéda aux connexions pendant qu’il mettait un peu d’ordre dans le salon et préparait le café. Cette femme tantôt agenouillée tantôt à quatre pattes, son étroite jupe remontée haut sur ses cuisses, le balconnet si prometteur sous le chemisier tellement échancré… Il trouva plein de choses à faire dans la cuisine, ouvrit un placard et inventoria son contenu, inspecta un tiroir puis un autre, déplaça des objets sans aucune raison, passa un coup d’éponge ici et là en redoutant le moment où il devrait apporter le plateau. Il ouvrit une fenêtre et la nuit déversa une touffeur oppressante, les médias n’exagéraient pas en parlant de canicule. Seul, il aurait pris une douche, longtemps, et de plus en plus froide, puis il serait allé respirer un peu sous les grands arbres des Buttes Chaumont. elle appela, enfin !

 

Tout fonctionnait, les chaînes avaient été repérées, l’image était excellente, l’équilibre de la stéréophonie parfait, Gabrielle expliqua l’usage de la zappette donnant accès à de nombreux menus, il ne restait plus qu’à essayer le lecteur, pas tout à fait…

—- Je ne sais pas vous… Mais moi je n’en peux plus, je me sens poisseuse on se croirait dans une étuve. Et si on changeait de programme ? Le café, franchement, ce serait mettre de l’alcool sur le feu. J’ai aperçu votre frigo américain, ça distribue des glaçons ces merveilles, alors un vin léger ou du Champagne si vous avez, dès que je la trouve je squatte votre salle de bain. Non, non ! Laissez-moi chercher, j’adore fouiner chez les gens, j’ai une âme de cambrioleuse, votre chambre ne doit pas être loin, je me dégotterai bien une grande chemise comme celle que vous portez, vous en avez deux autres, une bleue et une grise.  J’en ai pour dix minutes max, promis.

 

Un tohu-bohu dans la tête et dans le corps, des frissons et du chaud, de l’exaspération que le fatalisme noyait. Lamentable, il se sentait lamentable. Il remplit sa mission avec autant d’enthousiasme que lorsqu’il allait passer Noël avec la famille.  En plongeant la bouteille dans le seau il se souvint qu’il l’avait achetée pour fêter sa sortie de l’hôpital, cinq années plus tôt. Comme à tant d’autres projets il avait renoncé à celui-là et s’était ensablé dans le travail et la solitude. En ce moment, et cela n’était jamais arrivé depuis le départ de ceux qu’il nommait les fesse-mathieu, il y avait une autre vie chez lui et en même temps que lui, une tête avec dedans ses goûts, ses souvenirs, ses idées, ses aspirations, ses désirs peut-être, une tête en haut d’une chair souple et intacte, vigoureuse et harmonieuse. Immobile, son plateau dans les mains, il entendait le miroir du réfrigérateur ricaner en lui criant sa jambe raccourcie, ses épaules de traviole, son arcade bosselée d’où partait la cicatrice violacée barrant son visage. Il n’était qu’os et barbaque rafistolés, un exploit de réanimateurs et de chirurgiens. Et puis… Et puis ce reflet le rassura, le comportement de Gabrielle si libre était sans malice et sans crainte parce que lui, lui n’existait à ses yeux pas plus qu’un meuble ou le parquet. Elle, faisait partie des vivants et lui, lui n’avait plus de vie, plus du tout. Il entendit ses pas dans le couloir et regagna le living, pieds nus elle avait perdu quelque centimètres, bien que trop ample la chemise bleue lui allait bien, sans doute un effet de la couleur.

-Vous devriez en faire autant, vous serez mieux après, j’explore un peu en vous attendant, ça ne vous gêne pas.

Ce soir les points d’interrogation étaient au rancart. Debout dans la baignoire il écoutait l’eau ruisseler sur sa carne, observait le jeu de la mousse tourbillonnant autour de la bonde, un petit troupeau de bulles centripètes inexorablement englouties, et d’autres arrivaient, et d’autres encore, un raccourci de l’existence, on s’agite, on tourne, on finit dans le trou.

La porte du dressing était ouverte, une tringle tirée portait trois cintres où les vêtements de Gabrielle étaient soigneusement disposés. Sur le lit, un slip, de fines socquettes, un pantalon et la chemise grise. Il s’habilla, repassa par la salle de bain sans trop savoir pourquoi et claudiqua jusqu’au salon, ce soir la meute ne lâchait pas sa jambe.

—- C’est curieux chez vous, cette moitié déserte, si j’avais autant de place… J’aime bien la vaste pièce avec le piano au milieu et les livres tout autour, j’ai évalué à partir d’une rangée, j’aime bien compter les choses, cinq mille mini, vous les avez tous lus sûrement, moi je lis peu, les histoires des autres ou c’est triste ou ça finit mal ou ça ne tient pas debout, jamais je n’ai pu me mettre à la place d’un personnage. On boit et puis on regarde, je sens que vous en mourrez d’envie. On essaye avec votre film, à tout hasard cet après-midi j’en ai pris un au club vidéo, vous savez à côté du fleuriste. Bien ce film, émouvant, je l’ai vu trois fois.

 Un interminable plan fixe sur ce qui paraissait être une galerie très sombre. Peu à peu des sculptures, non, des statues émergeaient de l’obscurité…

Et le son.

À suivre, éventuellement…

Suivant la suggestion de BMB que je remercie.

A.BORODINE  Dans les steppes d'Asie centrale

Orchestre http://youtu.be/C9VARstGXIk

Ensemble de cordes http://youtu.be/sw9vblQi4lI

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Mardi 2 août 2011 2 02 /08 /Août /2011 19:20

début en UN SON - UN

 

Il n’avait pas fait attention le petit chauve, pourtant avec son livre consacré aux réalisateurs italiens, il avait le profil du cinéphile passionné, même échec auprès du quatuor féminin dissertant de la thématique sociopolitique très forte de cet austère chef-d’œuvre malheureusement inaccessible au spectateur lambda- pas qu’il soit obtus- mais si mal sensibilisé aux traquenards sociétaux, des profs pensa-t-il, pas plus de succès avec le grand chevelu contemplant les affiches avec cette mine religieuse qu’ont certains visiteurs dans les musées. Surpris, totalement surpris le projectionniste, de son poste il n’entendait que le kinoton, concernant la salle il garantissait la qualité de l’acoustique, le film ? Non il ne l’avait pas vu, s’il devait tous les visionner quelle corvée, principalement ceux de la série art & essai. Lui ? Il préférait le comique, les superproductions, les thrillers à la rigueur, mais pas trop hard, et puis le cinoche c’est un divertissement avant tout, non ? Alors si on devait se creuser le caberlot avec de la politique et des histoires tristes, autant rester chez soi devant sa télé en regardant des variétés surtout quand il y a des danseuses, la cuisse et les nichons c’est le sucre de la vie, non ? Je vois pas bien l’intérêt mais si ça vous turlupine tant que ça, prenez-le en DVD il doit exister, comme ça vous serez sûr si c’est ça qui vous turlupine, vous êtes pas un peu maniaque, non ?

 

Du café il appela un taxi. Après une douche il finit sa pâtée avec dans la tête l’organisation du projet : demain, vers midi trente, il irait acheter un lecteur, il en profiterait pour changer son antique téléviseur. Avant, tout de même, il demanderait à Gabrielle de faire une recherche sur internet, lui n’avait jamais pu s’habituer à ce bazar, à cet univers qui mémorise tout, qui divulgue tout, qui dévore le temps de réflexion, qui distord, qui ragote, qui amplifie, qui exalte toutes les médiocrités. Tous savants, tous experts, tous artistes, tous importants, tous bernés oui. Il avait la conviction qu’un panurgisme mortifère proliférait sur la fameuse « toile ». Et puis ce bazar avait transformé son métier, les clients n’achetaient plus des séjours mais des prix.

 

Il ne fut pas regardant et combla le vendeur en achetant « du haut de gamme », puis fit mettre les cartons de côté en indiquant qu’il viendrait les chercher à dix-huit heures. Obtenir l’aide de Gabrielle lui créa bien des soucis car il redoutait qu’elle prît cette demande comme une tentative de rapprochement, une façon alambiquée de transgresser une relation strictement professionnelle, jusque-là... Il ne savait trop pourquoi, mais il avait le sentiment que cette femme si sûre d’elle, belle plutôt, enfin très élégante, très séduisante, le guettait en attendant  qu’il se découvrît, ou plus exactement qu’il révélât une attirance, une soumission à sa féminité. Il se savait appartenir à cette catégorie d’hommes timorés dont la pointilleuse réserve est parfois interprétée comme une ruse. Il disséqua, remua, pesa tout cela, fut sur le point de s’arranger autrement, mais la perspective des colis qu’il faudrait coltiner puisque l’ascenseur…Et le taxi accepterait-il d’attendre dans ce quartier tellement encombré aux abords de Montparnasse ?  Croyant sa résolution prise, il tergiversa encore… afin de la remercier… L’inviterait-il au restaurant, ou lui proposerait-il de déjeuner demain, cela ferait pingre et désinvolte, car en cette période le travail ne laissait guère de répit. Mieux valait un déjeuner, le dimanche suivant, mais ce serait empiéter sur sa vie privée, et ce soir alors ? Il verrait.

 

Pour rien, il s’était rongé pour rien !

Dès qu’il eut raconté ses achats, Gabrielle demanda quand aurait lieu la livraison, il indiqua son intention d’aller chercher ses paquets en fin de journée et, le dernier mot prononcé, elle proposa de l’accompagner : pour deux heures l’agence n’en mourrait pas, et puis ce qui devait être casé l’était, en cas d’annulation il y avait même des réservations en attente.

 

Un brave homme ce chauffeur, il participa au déchargement et aida jusqu’à l’appartement. Ils déposèrent le matériel et se firent conduire près de l’Opéra Garnier, dans les embouteillages ils avaient eu le temps d’évoquer le repas, Gabrielle adorait la cuisine chinoise, le Mandarin Capucines avec sa carte pléthorique était tout indiqué, gage d’authenticité sa clientèle est majoritairement asiatique.

Durant le festin, une dizaine de mets savoureux et si colorés, la cuisine est aussi le plaisir des yeux, Gabrielle se montra curieuse et bavarde, en l’écoutant, en restant évasif le plus qu’il put, il pensa qu’au cours des dix années passées à l’agence ils étaient restés étrangers. Malgré la fantaisie des propos, le charme de la femme, ses attitudes chaleureuses, presque entreprenantes, il peinait à suivre la conversation et s’en voulait de na pas se laisser griser par ces moments troublants. Il craignait qu’un geste ou un regard ne trahît l’impatience qui le taraudait ; tandis qu’elle souriait, qu’elle minaudait en se caressant souvent la gorge, qu’en chuchotant elle se penchait pour lui confier un de ses petits secrets, tandis qu’elle captait ses yeux et les attirait sur elle, sur son décolleté, tandis qu’il pouvait humer son parfum, celui qu’elle portait mais aussi celui de sa peau, l’installation du poste et du lecteur faisait irruption entre eux, réelle. Réelle avec le cutter pour déballer, avec les câbles, les accessoires, les notices. Une sorte d’ubiquité… Il était là, il était chez lui, affairé, fébrile. Il avait hâte de retrouver le son. Restait à résoudre le délicat problème de la séparation, comment prendre congé, sans brusquerie, sans muflerie, sans la blesser ?

 

— Il n’est pas tard, et si on allait essayer vos nouveaux joujoux.

Dans son intonation elle avait oublié le point d’interrogation. Sancta simplicitas !

 

 

Pour une fois, pas de la « daube » classique…

 

JACQUES BREL

http://youtu.be/tzkt8Mn361Y

 

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