Mardi 24 novembre 2009

 

début en LE TREIZIÈME COUVERT - UN



De toute façon elle n’était plus parmi nous car déjà son âme LE contemplait. à celle parole apaisante ils marmonnèrent amen. L’intendance suivit.

Foin d’enquête ! Bertrand et ses deux fils fournirent, mouillées de quelques larmes, enluminées de nobles sanglots, des explications claires et tellement logiques. Avec beaucoup de tact, les gendarmes reprochèrent l’imprudence mais comprirent bien que des gens aussi pieux et respectables eussent dû sacrifier à leur culte. Le gradé, un laïc ombrageux bouffeur de soutane, fut impressionné par tant de foi et de dignité. Tourneboulé un moment, le troupeau se rasséréna vite, ce qu’ils nommaient componctueusement l’organisation parait à tout. Et gracieusement ! Le milieu de l’après-midi fut écartelé par des vents enivrés de froid, peu avant le crépuscule les nuages bistrèrent le ciel, puis, tournoyantes et fantomatiques des bourrasques de neige dévorèrent les monts.

 

Dans le miroir de la coiffeuse, elle ne cherchait pas à lire son reflet. En démêlant ses cheveux que la sueur avait collés en mèches, la rudesse de ses gestes la coupait des autres, de leurs hypocrisies, de leurs fourberies, de leurs pantomimes et de cette poisse nocive dégoulinant d’eux. Un instant elle s’interrogea : quelque chose d’émouvant, quelque chose de vrai, un peu d’humanité ? N’aurait-elle pas su, n’aurait-elle pas voulu percevoir une seule de ces lueurs, même infime ?  

Comme elle voulait être propre avant de s’abandonner aux agréments d’un bain, elle se doucha, vida un flacon de gel et se frotta, se rinça et se frotta encore, se racla, et le gant de crin était trop doux, et l’eau trop chaude, et le parfum trop suave. Et cette ébauche de bien-être lui fut insupportable. Alors, vêtue d’une courte combinaison de satin, pieds nus, elle se précipita dans la cour où ses chevilles s’enfoncèrent à peine dans la neige, la couche primaire avait gelé. Elle courut sur le chemin, courut plus vite que jamais, ses pieds heurtèrent une branche sous la poudreuse, et, un rameau d’églantier dans les bronches elle s’affala. Comme une biche aux abois, mue par une force qu’elle ne se connaissait pas, elle se redressa, ne reprit même pas son souffle et courut encore. Plus loin, agenouillée devant une congère elle cogna jusqu’à ne plus sentir sa douleur, jusqu’à ne plus être qu’une chair de honte et de violence, une chair aspirant à crever.

Deux mains largement ouvertes saisirent son buste sous les aisselles et l’élevèrent très haut tandis que l’encolure s’inclinait. Croyant qu’elle allait s’évanouir, malgré son épuisement, elle écarta les jambes et se retrouva confortable en selle, entre le pommeau et lui. Bien en arrière sur le troussequin, il arracha le satin que le givre raidissait, ôta sa veste, l’en enveloppa puis la coiffa de son chapeau et serra ses bras autour de son torse.  Ils avaient souvent partagé les aides, le grand alezan comprit tout.

Emmitouflée dans une couverture, assise en tailleur sur le tapis devant l’âtre, elle écouta les braises enflammer les grandes bûches qu’il venait de leur donner. Elle ferma les yeux et ne les rouvrit qu’après avoir été baignée, si doucement choyée par les mains et l’éponge, si dorlotée par les serviettes, si délicatement massée, et tant fleurie de baisers.

Pour ce repas de fromages, la lueur des bougies riait avec l’ambre et l’or d’un clavelin de Château-Chalon, elle avait passé une robe de cotonnade couleur lilas, une robe innocente et fraîche, celle du concours à Lausanne, celle, qui depuis vingt ans, l’accompagnait dans tous ses voyages, une robe qu’elle chérissait encore pus que son Vuillaume ou que son Stainer.

Le chant et les sifflements de la cheminée presque couverts par le brame des rafales s’acharnant sur les lauzes, la trépidation des forts volets luttant contre le vent boutoir, et, entre eux,  plus fort que tout le reste un silence qu’aucun n’osait rompre car ils savaient que l’unisson de leurs mémoires suivait le même chemin afin de retrouver ces heures fiévreuses et coléreuses de la découverte, ces jours mathématiques de l’élaboration, ces semaines palpitantes de l’organisation, cette exaltation de l’attente et l’inexorabilité qui avait fluidifié leur sang, fortifié leurs muscles et armé leurs mains.

Il se leva, fit quelques pas de lassitude et posa les mains sur ses épaules. Elle guida les paumes vers ses seins et, comme une chanterelle sur le point de rompre, elle cria : jusqu’au bout !

 

A suivre, éventuellement…

 

SCHUBERT Quintette en ut majeur adagio

http://www.youtube.com/watch?v=WbOKlBFVHNM


Et n'oubliez pas   http://tatyana-v.over-blog.fr/

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Lundi 23 novembre 2009

Début en : LE TREIZIÈME COUVERT - UN

 

 

 

La discipline échut au fils aîné, on le dota d’une cravache. Du nerf et pas de discours ! Lui ordonna-t-on. La propreté à la cadette, dans la famille on disait que c’est en elle que son père se reconnaissait le mieux : plus mordante qu’une hyène affamée, tyrannique et crâneuse, elle considéra cette responsabilité comme une humiliation car, en régalienne maîtresse de maison, elle avait toujours exclu le moindre geste domestique clamant qu’une une femme de mon rang ne se commet pas avec les souillons ! C’est le benjamin qui hérita des mœurs, la mission était entre de bonnes mains : d’abord tenté par un ordre régulier, il avait fini par épouser un épouvantail qui, heureusement, lui pondit quatre hideurs, ça le combla puisqu’il voyait en la beauté le stigmate d’une tare s’ajoutant au péché originel.

Les autres se pelotonnèrent dans ce malsain confort que les cancres éprouvent lorsque c’est leur voisin qui passe au tableau. Pas tous les autres… Bertrand estima que ne pas avoir été distingué pour l’autorité constituait un noir affront, en y réfléchissant davantage il vit en ce désaveu comme une défiance, les prémisses d’un rejet, et même une sourde menace.  

Un délicat rituel régla leurs jours. Le droit au petit-déjeuner était conditionné par une inspection intime et si le corps était douteux, trois coups de cravache remplaçaient le quignon et la chicorée. Itou pour le déjeuner. Ce repas était l’occasion de charmantes fantaisies, quand le festin se résumait à une miche et quatre ou cinq boîtes de sardines ou de pâté, le service oubliait parfois, souvent, de fournir des clés et des couteaux. Il n’y avait plus de cuillères le soir, alors il fallait, sans renverser, boire une maigre soupe en portant l’assiette à sa bouche, toute maladresse était rudement punie. Les hôtes, de manière fort éclectique, distrayaient les résidents et veillaient à leur aération. Ainsi, on leur lisait des textes dans une langue qu’ils n’entendaient point, gare aux distraits ! On leur projetait des films obscènes ou des documentaires édifiants sur la pêche au thon. La révision des conjugaisons, de la géométrie ou de l’histoire permettait au troupeau de renouer avec des émois juvéniles, troupeau qui suivait les cavaliers sur des pistes accidentées au cours d’équipées harassantes, troupeau qui entassait des cailloux ici pour les déplacer ailleurs le lendemain. Les trois millions de francs (1) promis à chacun coulaient de la docilité dans les esprits, esprits qui extravaguèrent lorsqu’un avenant au contrat fut signifié, ils trouvèrent le poulet au retour d’une revigorante corvée de bois.    

 

Non omnia possumus omnes !

 

De Maître Paul Keres aux résidents.

Conscients que la nature est injuste, nous avons résolu de pallier ces iniquités. Si l’un d’entre-vous venait, pour des raisons uniquement médicales, voire un décès, à se trouver dans l’incapacité d’aller jusqu’au terme de ses engagement, votre bienfaiteur a décidé que la part revenant au défaillant serait, diminuée de dix pour cent *, redistribuée à ceux de votre attachante famille qui atteindront le terme de cette heureuse et bénéfique réunion.

* Honoraires et frais d’étude.

 

 

Malgré la frugalité du dîner et la fonte qui tiraillait les carcasses, peu dormirent. Du soulagement certes, puisque les clauses étaient adoucies, mais l’exacerbation des cupidités teint la chandelle. Certains affamés, la gueule dans la mangeoire, sont étrangers à tout, ils bâfrent, mais d’autres, tout en dévorant restent sur leurs gardes… Alors, aux convoitises se mêla une peur insidieuse. Jusque là contraints à l’unité ils pensèrent que les cartes avaient changé, chacun se rêva d’abord prédateur puis trembla en s’imaginant proie.

 

Une toque, une ample veste, de l’hermine sûrement, et plus que nue dans son étourdissant écrin de dentelle écarlate tombant sur de hautes bottes, la maléfique leur proposa d’assister à l’office qu’on leur offrait dans la chapelle adossée au monolithe qui veillait sur le torrent, on y accédait par un étroit chemin longeant la ravine, à l’est du castel. On leur conseilla la prudence, car certains passages encombrés de caillasses ayant dévalé du somment, sévèrement gelés en cette période avaient tué plusieurs fois… Hommes ou bêtes. À petites enjambées trouillardes le cortège grimpa guidé par la fourrure blanche qui mâtait l’alezan apeuré. Le capiteux parfum de la femme grisait les mâles et humiliait les femmes. Tous, afin d’échapper aux périls espéraient la chute de l’impitoyable amazone. À l’endroit le plus étranglé il y eut des heurts, comme bruit , d'éboulis. On trébucha, puis un cri d’effroi.

       

 

(1) Songez que l’action se déroule en 1983, à cette époque, trois millions de francs ça faisait beaucoup de sous.

 

À suivre, éventuellement…

 

BRAHMS REQUIEM

Ihr habt nun Traurigkeit

http://www.youtube.com/watch?v=B9ufBA_dPCU

 

 

Et n’oubliez pas.           

 



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Dimanche 22 novembre 2009
début EN  LE TREIZIÈME COUVERT - UN

Au bout d’une heure, tous furent ensevelis par un sommeil opaque. à l’exception de Bertrand, les mâles se trouvèrent en proie à l’incandescence que la démone leur avait enfoncée dans le ventre. Ils souffrirent… Pour certains, incapables de broyer la hantise des chairs et des ombres duveteuses que la transparence du tissu leur avait révélées, un tison sauvage se levait d’entre leurs cuisses, et le désir ricanait de la honte, et la honte tisonnait l’envie, alors ils s’assouvirent en râlant, et un dégoût leur mit du pus sous le front, et pour la première fois, eux qui avaient jeté tant de mépris sur les autres, en éprouvèrent pour eux-mêmes. Les femmes se rabougrirent autour de préoccupations banales… La faim, l’hygiène, l’inconfort. Les radiateurs étaient sevrés, et toutes, sauf la mère, eurent du mâchefer dans la tête et du sable dans la bouche. Les dindes n’avaient jamais connu les affres d’une indéfinissable panique, celle du cochon que l’on accroche avant de l’égorger.

À des heures différentes, le froid les réveilla, nauséeux ils pensèrent qu’on les avait drogués. Sans draps, sans couvertures, les fenêtres ouvertes, ils grelottaient. Plus tard, au loin, à travers les solides croisillons de fer ils aperçurent les rondeurs glacées de la Margeride où la nacre de quelques brumes se mariait à la neige et laissait poindre les obliques argentées de l’aube. Des martèlements très secs montaient de la cour où deux puissants alezans nimbés par l’effort enchaînaient passades, voltes, pirouettes et ballottades. La coordination des montures était si absolue qu’on aurait pu croire à quelques dédoublements produits par des effets de prismes. De temps en temps, les cavaliers laissaient un peu souffler leurs montures ; l’homme, dont les traits étaient noyés par l’ombre d’un grand chapeau se rapprochait de la terrible brune, parlait dans son cou, puis les deux s’étreignaient, passaient leurs mains sous leurs vêtements, s’embrassaient à pleine bouche et la cavalcade reprenait.  Tous étaient fascinés par ce ballet de haute école et cet érotisme sauvage. Tous, comme on cherche avec un entêtement dérisoire l’objet que l’on sait perdu, essayèrent de comprendre la signification de cette fantasmagorie.

 

Épuisés, les muscles douloureux, l’esprit sidéré, certains s’accroupirent dans un coin en essayant de garder la chaleur vitale qui les fuyait, quelques uns arpentèrent mécaniquement le plancher en se battant les flancs, aucun ne pensa aux autres. Ils apprenaient le repli et l’enfermement des corps terrorisés luttant pour durer.   

   

Après sept jours, les chambres empestaient et leurs corps aussi.  à table, dans une magnifique vaisselle on leur servait à chaque repas des épluchures surnageant dans des liquides gras et saumâtres tandis que celle qu’ils maudissaient continuait à déguster sous leurs yeux hagards des mets fins. Elle portait des tenues de plus en plus ravageuses, se montrait de plus en plus incendiaire et, malgré leur faiblesse, les hommes flambaient. Revêtus de pyjamas trop grands, ils ne dissimulaient même plus leurs érections. Un soir, l’un des gendres se tapa ouvertement une pignole que, fataliste, le troupeau suivit d’un regard morne… La mère se mit à hurler, à vomir puis à invectiver l’assemblée. Blême, la bouche carnassière Bertrand se leva et la torgnola rudement, des soupirs béats montèrent vers le grand lustre.

On les consigna durant une heure avant qu’ils ne regagnassent leurs chambres où ils furent surpris de trouver les plafonniers allumés, sur chaque matelas une enveloppe, et dans l’enveloppe…

 

Aux résidents,

Déplorant la malpropreté dans laquelle vous semblez vous complaire et la bestialité de vos attitudes, il est urgent qu’un système régulateur soit mis en place. Trois fonctions nous semblent primordiales : discipline, hygiène, mœurs. Demain, vous disposerez de vingt minutes en vue d’élire des responsables. Le moindre manquement des personnels désignés pourra les exposer à des sanctions graves et, bien entendu, provoquer l’annulation totale du contrat qui nous lie, contrat dont vous paraissez négliger l’importance. Pensez que la solidité d’un ensemble se mesure à la résistance de son élément le plus faible ou le plus exposé. * Après en avoirs délibéré, voulant faire acte de mansuétude, nous vous tenons quittes du grave incident de ce soir.

La Glorieuse, route de Marvejols, vendredi 13 février 1987.

 

* Un évènement survenu à Paris, le mardi 23 février 1943, illustre dramatiquement cette assertion. Est-il oublié de tous ?

 

À suivre, éventuellement…


En photo le viaduc de Garabit, proche des lieux où se déroule cette histoire.
 

LISZT MALEDICTION

 

http://www.youtube.com/watch?v=Fmftv_oj2us

http://www.youtube.com/watch?v=UbEWc8DHJcs

http://www.youtube.com/watch?v=0Q9wKk_Rsc0

Et n'oubliez pas

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Samedi 21 novembre 2009

Début en  LE TREIZIÈME COUVERT - UN


T
ous trouvèrent sur le marbre d’une commode faisant face au lit, un cube apparemment en ébène d’environ cinquante centimètres d’arrête. L’objet était coiffé d’un bougeoir lestant une feuille où, en gros caractères, un texte était imprimé. Imprimé, aucun doute ! Le grammage du papier excluait tout recours à un matériel de bureau. L’un des gendres, qui au cours de son adolescence avait un peu taquiné le pinceau reconnut un papier chiffon utilisé par les aquarellistes. Le document avait belle allure, quant à son ramage…

 

NOLENS, VOLENS !

 

Nous vous invitions à respecter l’intégralité des ordres qui, durant votre séjour, vous seront communiqués verbalement ainsi que ceux consignés sur les deux plaquettes en votre possession. En observance des clauses résolutoires mentionnées au contrat que vous avez signé chez Maître Paul Keres à Zurich, tout manquement individuel entraînera l’annulation collective de l’opération dont vous pouvez bénéficier. Afin que de droit, veuillez écrire (majuscules interdites) : « bon pour accord », puis en toutes lettes votre état civil complet (celui porté sur votre carte nationale d’identité) et parapher la présente qui sera exigée ce soir à vingt heures.

 

La symbolique des choses est puissante : après lecture, chacun tourna, retourna, palpa et secoua le cube semblant contenir une bille, mais ils ne perçurent aucune ligne d’assemblage, chacun eut le sentiment qu’au fond de l’hexaèdre, ce qui se heurtait aux parois, c’était lui ; chacun se demanda si, dans son brouillard, la mère n’allait pas causer l’échec de tous. Bêtement, certains ne signèrent pas immédiatement, découvrant ainsi qu’il n’y a pas besoin de beaucoup pour se donner une illusion de liberté, même quelques moments déserts peuvent suffire...

 

À dix-neuf heures, tous reçurent une grande enveloppe de kraft où une main autoritaire avait largement tracé : ne prendre connaissance du contenu qu’après le dîner. Il y eut des tentations, mais tous, plus ou moins difficilement, les réfrénèrent en songeant à la soumission absolue qui leur était imposée, même la mère qui se mit à ricaner tout en sautillant à cloche-pied.

 

Quelle disette !  Elles étaient bien fines et presque rassises les tranches de miche posées à côté des assiettes contenant un brouet clairet où un morceau de carotte déprimait en compagnie d’une filandre de poireaux, dans les timbales de fer blanc on leur servit une infâme piquette. En retrait, les mains dans le dos et renfrognées, les serveuses observaient la famille lapant sa soupe, ceux qui avaient lambiné se virent confisquer leur écuelle juste après le déclenchement d’une sonnerie. Privés de serviettes, ils s’essuyèrent avec de la mie et fixèrent la table quelques centimètres devant eux. Le voyant rouge de la grosse caméra perchée sur un trépied se mit à clignoter tandis que l’opérateur braqua l’objectif sur le père.

 

Sûr que la diablesse était nue sous son fourreau de soie rouge ! Encore plus arrogante qu’à midi, elle s’installa en bout de table, face à la place toujours vacante. Continuant à les ignorer, elle dégusta lentement une généreuse part de caviar accompagnée de rattes cuites à la vapeur, on lui servit du Krug grande cuvée, deux flûtes, puis une éblouissante corbeille de fruits exotiques. En dégustant avec des préciosités de chatte, elle s’effleurait la joue, les lèvres, puis sa main folâtrait vers son décolleté avec une insupportable lenteur, elle se caressait lascivement en les percutant d’un regard arctique. Lorsqu’elle se dirigea vers la cheminée, avec des airs de pénitents ils regagnèrent l’étage et se hâtèrent d’ouvrir l’enveloppe. Tous ne comprirent pas ce que signifiait le paquet de revues Signal, tous constatèrent que les salles de bain étaient condamnées mais qu’on leur avait laissé un pot de chambre. Ceux qui ne s’étaient ni dévêtus, ni soulagés le firent dans le noir car une demi-heure après la fin du souper l’électricité fut coupée, ceux qui connaissaient Malher reconnurent, montant du rez-de-chaussée, la première plainte des Kindertotenlieder.

 

À suivre, éventuellement…


Petite notes.

À l’usage d’un mal comprenant, buté : je lui ai dit que je ne lirai pas sa réponse donc je n’ai même pas ouvert son message. Non seulement il ne sait pas écrire, mais de plus il ne sait pas lire.

À quelques crétins : leurs menaces publiques ou privée me font rire, mon nom et mon adresse mail circulent, et alors ?

 

MALHER  Kindertotenlieder  par K.FERRIER

 

Nun will…    http://www.youtube.com/watch?v=w6pT1JrJ8B4

Nun seh’… http://www.youtube.com/watch?v=xF7f3AibKek

Ween dein… http://www.youtube.com/watch?v=p--4EH7Xd_c

Oft denk… http://www.youtube.com/watch?v=5N23uwhNdac

In diesem… http://www.youtube.com/watch?v=PMsXvuz3Voc

 

Et n’oubliez pas…

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Vendredi 20 novembre 2009
DEBUT LE TREIZIÈME COUVERT - UN

La table aurait pu accueillir le triple de convives et les intervalles entre les chaises désespéraient tout aparté. Sept chandeliers massifs et une généreuse flambée dans la monumentale cheminée de granit luttaient mal contre la pénombre, cependant, malgré le volume de la pièce il faisait bon car les gros radiateurs de fonte campant sous les six hautes fenêtres dont les volets étaient clos chauffaient énergiquement.

Après le bénédicité ils s’assirent et restèrent dans une sorte d’hébétude, chacun s’obligeant à fixer son assiette comme si la porcelaine allait répondre aux questions qui les mordaient. Ce n’est pas le but de la convocation qui les tracassait, recevoir biens et argent d’où qu’il vinssent leur convenait et n’excitait en eux que voracité. Bertrand avait sèchement défini la situation par un de ces apophtegmes dont il avait le secret : le pèlerin n’a pas à se demander qui le nourrit, mais doit seulement rendre grâce à Dieu d’avoir insufflé Sa générosité dans une âme qui n’est, c’est évident, que Son instrument.

Pleure-misère, âpre au gain, accommodant sa morale aux manigances, aux prévarications, aux spoliations, bref, à toutes ces acrobaties frauduleuses, contre quelques ex-votos, contre quelques messes d’indulgence l’industrieuse famille avait  câliné sa conscience et ne s’était jamais beaucoup interrogée sur les moyens, ne considérant que la fin : sa prospérité. S’absolvant des marchés borgnes, des filouteries insolentes et des concussions les plus éhontées, virtuoses en tartufferie, tous répétaient doucereusement la pensée du père: Dieu aveugle d’abord ceux qu’IL veut perdre….  Dieu ou Jupiter, cela était sans importance.*

Hélas, de leurs turpitudes, ils n’avaient pas tiré si gras que ça. Bien sûr, ils avaient relevé un nom et un titre, acheté le château et les terres y afférents, dotés et installés confortablement les petits enfants, abrité un peu d’or en Suisse, agrandi leur domaine, et ce qui avait coûté le plus cher, gommé quelques égarements datant de l’occupation. Le prix des éteignoirs est souvent exorbitant.

 

Sur leur lit de petits légumes, les sandres étaient à point et méritaient le Meursault Charmes les accompagnant. Bien que discret, le personnel se montrait attentif. Jolies, d’une élégance stricte, les trois jeunes femmes agissaient avec précision et célérité. Astreinte au silence la famille dégustait en oubliant peu à peu la centaine de kilomètres à bord du petit car, le mutisme des accompagnateurs, la tempête aux abords de Garabit, l’arrivée sur le foirail de Saint-Chély-d’Apcher puis ce pénible embarquement dans les taxis sous une averse aussi drue que glaciale. On se remettait de l’épuisante traversée du parc, et surtout de ce raidillon aboutissant aux larges marches du sévère escalier semblant vouloir achever les visiteurs.

Le Clos de l’écu mit en valeur les chapons sertis de girolles et de pâtes fraîches, l’assortiment de tartelettes compensa délicieusement l’absence de fromage. Tandis qu’on attendait le café, une torpeur bienheureuse coulait dans les veines.

 

Très cintrée, mordorée, la veste fermée par un seul bouton était, malgré un caraco de satin gris perle, aussi provocante que la jupe très fendue virevoltant un peu au dessus des genoux au tempo vif d’une marche facile, malgré des talons vertigineux.  Les cheveux courts de la jeune femme accentuaient l’autorité de son expression et la fixité meurtrière de ses yeux noirs. Un succube, un succube métissé pensa Bertrand, plus prosaïques les autres lui trouvèrent une scandaleuse allure de catin. Accent indéfinissable, raucité incandescente, lentement elle rappela quelques règles et donna ses ordres. Domptés et penauds ils obtempérèrent et la saluèrent timidement en quittant les lieux.

Arrivés dans leurs chambres, ils constatèrent que leurs bagages avaient été défaits et les effets personnels rangés. Après quelques minutes, chacun entendit le claquement de sa serrure, chacun vit que l’entrée de clé était obstruée, les douze eurent le même réflexe : pas de crémones et volets clos.

À suivre, éventuellement.

 

*Quos vult Jupiter perdere dementat prius

 

 

VIVALDI


Concerto pour piccolo en ut majeur.


http://www.youtube.com/watch?v=2SBKUYtYg5Q

 

 

Et n’oubliez pas…

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